• Samedi 

     Ce matin-là, Macha se leva avant Gunther afin de s'occuper d'Huly. Il avait bien mérité de se reposer après la journée épuisante qu'il avait eu la veille. Et puis cela lui permettait également de retrouver cet odeur de bébé qui lui rappelait tant ses touts petits, perdus depuis si longtemps. Elle avait du mal à croire que cet enfant était aussi le sien. 

    Jour 14 et Jour 15

    Gunther, quand à lui, après une bonne nuit de sommeil, décida d'aller pêcher pour améliorer leur ordinaire du midi. Il avait toujours aimer pratiquer cet activité à Lenzasen et il fut content de voir qu'il n'avait pas perdu la main. 

    Jour 14 et Jour 15

    A son retour au cabanon, Macha l'attendait à la table et lui avait préparé une salade de fruits pour le petit déjeuner. Elle l'accueillit avec le sourire. 

    Jour 14 et Jour 15

    - Alors, Gunther, ta nuit a été bonne ?

    - Oui, je te remercie Macha de m'avoir laissé dormir. J'étais épuisé. 

    - C'est bien normal. Mais ne prends pas trop de mauvaises habitudes. La nuit prochaine tu devras également te lever. 

    - Ha, ha, oui. Que vas-tu faire de ta journée, Macha ? 

    - Je dois passer à l'agence d'intérim. J'ai quelques dossiers à voir pour mon travail lundi. Je reviendrai en fin d'après-midi. 

    - Hmm, je devrais peut-être trouver un travail moi aussi. On a pas vraiment beaucoup d'argent. On ne sait jamais ce qu'il pourrait arriver ici. 

    - A ce propos, Aubel l'Archiviste m'a laissé un message. Tu dois le rappeler. Il a apparemment des choses à te dire. 

     Gunther l'appela donc pendant que Macha lavait la vaisselle. 

    Jour 14 et Jour 15

    - Oui, Aubel, c'est moi Gunther .

    - ....

    - Le petit va bien oui. Ne vous inquiétez pas. D'ailleurs, est-ce qu'il y aurait un système de garderie ici pour que je puisse reprendre un travail ? 

    - ... 

    - Heu, vous voulez venir cet après-midi ? Oui, bien sûr, je reste là. 

     Et pendant que Gunther restait à la maison, Macha en profita pour partir à l'agence d'intérim non sans avoir rassuré son ami quant à sa capacité de bien s'occuper d'un bébé. Arrivée à l'agence d'intérim, elle eut tout le loisir de remplir les dossiers que lui avait demandé l'Agence Spatiale. Ce fut une torture de réfléchir autant mais Macha fut ravie d'en arriver au bout. Elle s'octroya ensuite une pause en jouant aux échecs dans le jardin de l'Agence. Elle s'aperçut alors qu'elle était pratiquement toute seule dans le bâtiment. Etait-ce à cause du week-end ? Une grosse nostalgie l'envahit. Elle aurait bien aimé retrouve son monde, même si les problèmes n'auraient pas disparu pour autant. 

    Jour 14 et Jour 15

    Elle écourta son jeu et décida de se prendre un sandwich au stand du coin. En relevant le regard, elle aperçut au loin la grande cité d'argent qui scintillait au soleil. C'était là où elle devrait se rendre lundi. En voyant les immeubles aussi neufs et luisant, elle se demanda comment cette civilisation pouvait être sur le déclin. Et puis elle plongea son regard encore plus loin et elle vit le désert, rien que le désert... 

    Jour 14 et Jour 15

    De son côté, Gunther accueillit enfin Aubel sur leur terrain. 

    Jour 14 et Jour 15

    - Bonjour Gunther, avez-vous bien dormi ? 

    - Oui, oui. Le petit m'a laissé me reposer pratiquement toute la nuit. 

    - Bien, bien, il se réserve pour sa croissance. Asseyons-nous, il faut que je vous parle. 

    Ainsi fut fait et Gunther haussa un sourcil interrogateur vers l'Archiviste.

    Jour 14 et Jour 15

    - Tout à l'heure vous m'avez posé la question de votre reprise d'activité. En fait, je venais vous informer que vous ne travaillerez plus à compter de maintenant. Vous allez vous occuper de l'enfant. 

    - Quoi ? Mais, mais, on ne va pas avoir assez... 

    - Ne vous inquiétez pas pour cela. Nous venons de vous virer 500 simflouzes sur votre compte pour pallier aux besoins d'Huly et de vous-même et puis chacun des membres du Convent passera vous voir dans les jours prochains afin de vous aider. 

    - Vous y croyez donc tellement aux pouvoirs de cet enfant ? 

    - Croire ? Non, il n'y a pas de croyance là-dedans, mais de certitude. 

    Comme si les mots étaient un déclencheur, il y eut soudain une vive lumière dans la chambre où reposait Huly. Celui-ci sourit et gazouilla vivement. Un hoquet et la lumière disparut. 

    Jour 14 et Jour 15

    Quand Gunther vint le voir, c'est comme s'il ne s'était rien passé et Huly regarda son père avec de grands yeux confiants et émerveillés. 

    Jour 14 et Jour 15

    A son retour, Macha retrouva Gunther qui somnolait sur le lit. Il se réveilla en l'entendant arriver et se releva. Il lui expliqua ensuite ce que lui avait dit. 

    - Hmm, en faites, si je comprends bien, nous allons être étroitement surveillés. Ils ont vraiment peur que l'on s'en aille avec l'enfant... Et toi, cela va aller Gunther ? 

    - Je ne sais pas. Me retrouver homme au foyer, cela fait bizarre. Et est-ce que je vais être capable de m'occuper d'Huly ? 

    - Shhhhh, tu fais ton rôle de père à merveille, Gunther. Ne t'inquiètes pas, tout se passera bien... 

    Macha se rapprocha de lui et vint l'embrasser sur les lèvres. Gunther ouvrit de grands yeux et resta interdit. C'est la première fois que son amie était aussi entreprenante.

    Jour 14 et Jour 15

    - Macha... 

    - Chut, Gunther, ne dis rien. Profites.... 

    Gunther se laissa aller et savoura les tendres baisers de sa belle, le cœur battant la chamade derrière son tee-shirt blanc. Il aurait tout le temps de s'interroger ensuite.. 

     

    Jour 14 et Jour 15

     

    ***********************************

    Emplois 

    Macha : Carrière Astronaute - 2 jours - Lundi/Mardi 

    Gunther : Pas de carrière

    Chance : 10 - Merci patron - 500 simflouzes

    Fonds du foyer : 871 simflouzes


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  •  

    Vendredi

    Ce matin, Macha se leva tôt pour peaufiner le sketch qu'elle devait jouer un peu plus tard au travail. Elle avait retrouvé à l'agence de l'emploi, dans la bibliothèque, un vieux livre qui donnait les méthodes pour mieux faire rire le public. C'était exactement ce qu'il lui fallait. Elle était sûre d'avoir une promotion ce soir. 

    Jour 13

    De son côté, Gunther était dans la salle de bain, se tenant le ventre à deux mains et grimaçant sous les contractions qui venaient périodiquement tendre son abdomen.

    - Je ne vais pas pouvoir tenir longtemps comme cela.... C'est horrible... 

    Jour 13

    Pour autant, Gunther ne dit rien à Macha et fit bonne figure quand elle lui dit au revoir. 

    - Allez courage, Gunther ! Et tu m'appelles si tu sens que c'est le moment, hein ?

    - Oui, oui, ne t'inquiètes pas. 

    Jour 13

    Et Macha partit donc. Gunther s'écroula aussitôt. Les contractions s'étaient rapprochés et il avait du mal à rester debout. Il resta là un instant, essayant de reprendre son souffle tant bien que mal. Il ferma les yeux et se concentra un moment. Au milieu de la douleur, il réussit à trouver une zone de calme et s'y accrocha. Puis il se releva et se planta devant le berceau. C'était le moment, il le sentait.

    Jour 13

    Quelques minutes de souffrances plus tard, Gunther mit enfin au monde son enfant. Son petit garçon. Et un prénom déchira sa conscience, apporté par ce nouveau-né fragile.

    - Bienvenu parmi nous mon fils, bienvenu Huly ! 

    Jour 13

    Il resta devant le berceau à regarder son tout petit. Celui-ci avait les yeux grands ouverts et était attentif au visage de Gunther. Il n'avait jamais vu un nourrisson aussi calme et en même temps aussi présent. Il comprit tout de suite qu'il était celui qu'attendaient Aélie et son Convent. 

    - Mon tout petit, que vont-ils faire de toi ? 

    Jour 13

    Mais bien vite, la nature repris ses droits et même si Huly devait sauver ce monde, pour l'instant, il avait faim et il le fit clairement entendre. Gunther lui donna son biberon avec empressement. 

    - Quand je pense que d'ici quelques mois, je vais également donner le biberon à l'enfant de ma filleule. Tu te rends compte de ça, Huly ? Non, bien sûr. Mais ne t'inquiètes pas, je te parlerai bientôt de Lucrèce. Elle est un peu comme toi elle aussi... L'espoir d'un jour meilleur... 

    Jour 13

    Ce qui embêtait Gunther, c'est qu'il ne pouvait guère partir à son travail en laissant son bébé tout seul. En plus, c'était son dernier jour de travail, il avait espéré avoir un peu plus d'argent. Surtout qu'ils en auraient bien besoin avec ce petit. Il appela donc Aubel qui s'empressa de venir. Il resterait donc à la maison s'occuper d'Huly pendant que Gunther irait à son dernier jour de travail. Gunther vit d'ailleurs que cela faisais plaisir à Aubel de rester auprès du bébé. Combien de rêves brisés est-ce qu'il y avait ici ? 

    Jour 13

    Ce fut Macha qui rentra la première et qui fut surprise par la présence d'Aubel dans le cabanon. Et puis elle vit l'enfant dans le berceau et compris tout de suite. Elle s'approcha fébrilement du berceau et n'entendit pas le bibliothécaire partir discrètement. Le bébé était un garçon. Macha retint un sanglot. Un garçon. Ou était donc partis ces deux étoiles, il y a si longtemps ? Elle prit délicatement le petit et le serra contre elle.

    - Ho, petit ange, petit cœur, mon enfant. Je te promets que cette fois-ci, tu vivras bien plus longtemps que tes deux frères. 

    Jour 13

    Un petit baiser puis elle reposa doucement l'enfant dans son berceau. Elle se changea ensuite et regarda les offres d'emplois. Elle avait fini ce soir son contrat, et honorablement. Il lui fallait trouver quelque chose avant que le week-end ne tombe. Une annonce dans l'aérospatiale lui sauta aux yeux. 

    - Tiens, ils ont encore l'ambition d'aller dans les étoiles ? Bon, je prends quand même, je ne vais pas faire la fine bouche. Surtout avec un petit à la maison.

    Jour 13

    Un dernier regard au berceau puis elle se retourna en entendant Gunther revenir. Ce soir, il y aurait des choses à dire.. 

     

    Macha et Gunther ont eu chacun une promotion ce qui a permis d'agrandir le cabanon et de faire enfin une chambre à part. Rien de folichon, mais ils ont maintenant un peu plus d'espace. Si l'argent continu de rentrer on agrandira la chambre. 

     

    Jour 13

      

     

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    Emplois 

    Macha : Carrière artiste - 3/3 jours 

    Gunther : Auteur - 4/4 jours 

    Evènement  : 19 - Éléments périodiques - RATE

    Fonds du foyer : 1657 Simflouzes (avant agrandissement du cabanon)


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  • Mercredi 

     Gunther se rendit tout de suite compte de la difficulté de son état le lendemain matin. Dans la nuit, son ventre avait encore augmenté de volume et il se traîna quelque peu pour aller travailler. Il se jura également , quand il retournerait dans leur propre dimension, de ne plus faire aucune plaisanterie sur les femmes enceintes....  

    Jour 11 et jour 12

     Au retour de son travail d'artiste, Macha reçu un appel d'Aélie. Elle l'informait de la réunion de son Convent chez eux. Ah aussi de préparer à manger. Et pas de viande merci. 

    - Non, mais elle me prend pour qui, là ? Sa bonniche ? 

    Après cette explosion de colère, Macha redevint inquiète. Elle se demandait bien ce que présageait cette réunion à leur demeure. Ce n'était certainement pas par amabilité. 

    Jour 11 et jour 12

     Heureusement que son contrat avait permis de renflouer un peu le compte. Elle put ainsi acheter une table pour manger dehors. Ils ne rentreraient certainement pas tous dans le cabanon.  

    Jour 11 et jour 12

     Les membres du Convent d'Oaz arrivèrent vers 19 h. Macha fut surprise de ne voir quasiment que de jeunes adultes, il n'y avait pas du tout de personnes âgées. Mais pour autant, du peu qu'elle put leur parler, ils avaient l'air compétent, enfin c'est l'impression qu'ils donnaient. Aélie lui expliqua le pourquoi de cette réunion ici. 

    - Nous venons vérifier l'état de santé de Gunther ainsi que celui du bébé, savoir si tout ce passe bien. Vous n'êtes pas de notre monde, nous devons surveiller cela au mieux.

    - Et veiller également que nous partions pas à la sauvette ? 

    - Il y a un peu de cela aussi... 

    - Cela fait plaisir.

    - On est jamais trop prudent. 

    Jour 11 et jour 12

    Aélie rentra dans le cabanon pour voir Gunther. Celui-ci était en grande conversation avec celui qui était préposé aux Archives du Convent dans ce monde. 

    - Nous avons récupéré les archives des Convents fermés. Cela ne se passe pas ainsi chez vous ? 

    - Plus vraiment non. Nous sommes le dernier Convent de ce continent. Le reste des Archives a disparu avec les catastrophes naturelles. Nous n'avons rien pu sauver et c'est bien dommage. 

    - Ah je vois que vous avez sympathisé avec Aubel. La grossesse se passe bien à ce que vois. Le bébé devrait arriver d'ici deux jours. Vu le ventre que vous avez, c'est un bébé costaud, c'est bien. Il faut être fort pour vivre ici.

    Le visage de Gunther se ferma à ses évocations. Il avait du mal déjà avec le fait de porter un enfant et de penser à l'accouchement le traumatisait... 

    Jour 11 et jour 12

    Cela le tracassa tellement qu'il se releva dans la nuit pendant que Macha dormait  pour manger un petit bout et en espérant que cela apaiserait également ses pensées incessantes. 

    - Mon enfant... Que vas-tu devenir ?...  

    Jour 11 et jour 12

     

    ***********************************

    Emplois 

    Macha : Carrière artiste - 1/3 jours - jeudi/vendredi

    Gunther : 3/4 jours - Vendredi

    Evènement  : 17 - Fête des voisins - Raté.

    Fonds du foyer : 264 simflouzes.

     

    Jeudi 

    Une nouvelle journée qui était jour de repos pour Gunther et il était bien content car il n'en pouvait plus.

    - Non, mais comment vous faites vous les femmes pour supporter ça ?

    - On a pas le choix, Gunther, à ce niveau-là. Allez, d'après ce qu'a dit Aélie, demain c'est fini. 

    - Mais je ne sais pas m'occuper d'un bébé moi ! 

    - Hé, ne t'inquiètes pas, je suis là. je ne suis pas une sage-femme pour rien non plus. 

    Jour 11 et jour 12

    Sur ces dernières paroles, Macha s'en alla pour sa journée de travail et laissa Gunther seul. Celui-ci en profita pour faire un peu de ménage dans la cabane. 

    Jour 11 et jour 12

    Mais il s'arrêta bien vite car le mal de dos se fit vite sentir. 

    - Ouille, ça fait mal. 

    Jour 11 et jour 12

     Le son de son téléphone le fit sursauter. C'était Aubel, l'Archiviste du Convent qui tenait à le voir. Il lui donnait rendez-vous au café du quartier. 

    Jour 11 et jour 12

    Et là surprise, Aubel lui donna de l'argent pour l'achat d'un berceau. 

    - Nous savons que c'est compliqué pour vous ici. On vous aide un peu pour accueillir au mieux ce petit. 

    - Et ensuite, vous allez nous le prendre ? 

    - S'il a un Don, oui. C'est nécessaire pour nous, vous comprenez ? Peu de personnes naissent ici maintenant avec un Don. Ce qui est logique puisque nous avons perdu notre Esprit Planétaire. Il reste très peu d'énergies pour nous. 

    - Mais comment allez vous faire pour retrouver un Esprit ? 

    - Votre enfant sera un catalyseur. Nous mettrons en commun tous nos Dons pour qu'il les reçoive. Nous espérons que le signal soit assez fort pour nous faire entendre à travers le cosmos... De toute façon, il ne nous reste plus que ça... 

    - Mmmm... 

    Jour 11 et jour 12

    Gunther resta un instant songeur. Ce qui se vivait ici n'était finalement pas si éloigné de ce qui se passait dans leur monde. Ils n'avaient certes pas perdu l'Esprit de la Terre, mais il y a bien longtemps qu'ils n'avaient plus aucun contact avec Gaïa. Ce qui n'était pas mieux.

    Avant de prendre congés, Aubel souhaita toucher le ventre de Gunther. Il eut un sourire émerveillé. 

    - Cela fait tellement longtemps qu'il n'y a pas eu de naissances ici. Moi-même, je n'ai jamais pu en avoir. Mais je sens que ce bébé a plein d'énergie, c'est fascinant ! 

    Jour 11 et jour 12

    Gunther revint à la maison, bien silencieux et songeur. Il fit un vague signe de tête à Macha puis se coucha, très fatigué. 

    Jour 11 et jour 12

    D'un côté, il voulait se débarrasser de son fardeau mais de l'autre, il avait peur de laisser ce petit ici. Car il sentait qu'il n'aurait pas trop le choix à ce niveau. Et en même temps, n'était-ce pas leur mission de protéger la planète ? 

    Et sur ces dernières pensées, il s'endormit. 

     

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    Emplois 

    Macha : Carrière artiste - 2/3 jours - vendredi

    Gunther : 3/4 jours - Vendredi

    Chance  : 9 - Vieille dette : rajouter 100 simflouzes au foyer 

    Fonds du foyer : 431 Simflouzes

     

     


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  • Fin août – Maison Steiner

    La cérémonie débuta à l’aube, au moment où le soleil se levait, symbole d’une nouvelle vie.

    Lucrèce et Aurèle se trouvaient dans le jardin, en tenue de cérémonie et pieds nus afin de garder le contact avec la Terre-Mère. Ils se tenaient les mains, attendant que Macha, la Grande-Maître finalise leur union.

    Chapitre 12 : Un mariage en demi-teinte

     Ils avaient auparavant effectué le rituel des quatre éléments : une gorgée d’eau pour se lier à l’élément terre, effleurer une mèche de bougie pour l’élément feu, manger un morceau de légume -racine pour l’élément terre et enfin, se soumettre au « baiser » des abeilles pour l’élément air.

    Aurèle releva la tête vers Lucrèce et lui jeta un bref regard. Elle était si belle avec ses cheveux relevés en un chignon et qui dévoilait son visage énergique et franc. Oui, Lucrèce était une belle personne. Mais pourtant… Pourtant son cœur battait pour une autre.

    Chapitre 12 : Un mariage en demi-teinte

    Et alors, qu’il serrait tendrement ses mains, son esprit revint vers sa deuxième rencontre avec Amanda. Car ils s’étaient revus. Malgré eux. Parce que cette attirance était trop forte.

     

     ....

     

     Ils s’étaient retrouvés dans un petit bar, loin de Lenzasen et s’étaient réfugiés dans le coin le plus discret pour discuter. Ils ne pouvaient s’empêcher de se regarder, de se manger du visage, sans se toucher, car toucher signifiait succomber. C’est Amanda qui fut la plus pragmatique.

    Chapitre 12 : Un mariage en demi-teinte

    - Ce n’est vraiment pas bien ce que nous faisons, Aurèle.

    - Quoi ? Quel mal faisons-nous actuellement ? Nous n’avons rien fait.

    - … Oui, mais dans ma tête, j’ai déjà trompé cent fois mon mari…

    - Amanda…

    Aurèle tendit la main vers elle, mais la jeune femme se recula aussitôt au fond de sa chaise.

    - Ne me touche pas !

    Chapitre 12 : Un mariage en demi-teinte

     

    Le jeune homme poussa un soupir et se passa la main dans les cheveux, désemparé. Puis il reporta son regard vers celle qui hantait ses pensées depuis leur rencontre dans le Verger.

    - C’est quand même dingue cette histoire ! Je n’aurai jamais pensé avoir une attirance si forte envers une femme…

    - Cela arrive parfois entre Enfants. Je me souviens d’une histoire que m’avait raconté ma grand-mère : deux êtres que tout opposait et qui pourtant s’aimaient. Ils ont sacrifié famille et travail pour se retrouver ensemble. Résultat : ils ont fondé un nouveau Convent en Amérique du Sud. Mais ça, c’est la jolie histoire. Il y en a eu d’autres où cela s’est finit dans le sang… Je t’avoue que moi non plus, je ne pensais pas que cela m’arriverait cette… attirance. Il est dommage que cela ne soit pas arriver trois ans en arrière.

    Amanda eut une moue amère et ses yeux se firent vague. Il y a 3 ans, elle s’unissait avec Hendrick. Si elle avait eu une attirance aussi forte à ce moment-là, elle aurait envoyé valser ce mariage et au diable les conséquences. Elle n’aurait pas eu l’impression à cet instant que sa vie était un formidable gâchis.

    - Que va-t-on faire ?

    La question d’Aurèle fit revenir Amanda à la réalité et elle poussa un petit cri de dépit.

    - Rien. On ne va rien faire, Aurèle. Qu’espérais-tu ? Que d’un coup je dise à mon mari « non je ne veux plus de toi, Hendrick, je divorce » ? Et que l’on se mette ensemble ensuite ? Et tu dirais la même chose à Lucrèce ?

    - Et pourquoi pas ?

    - Allons, sois réaliste. Nous avons des obligations dans le Convent, des devoirs envers la Communauté.

    - Au détriment de notre vie personnelle ?

    - Bienvenu dans le monde réel, mon petit. Aurèle… Tu n’es plus un enfant. Tu sais bien comment cela marche entre nous, entre les Enfants. Pour le bien de tous, pour le bien de la planète, nous devons parfois effacer nos désirs personnels. Et puis… Tu es peut-être le futur père de La Source.

    Chapitre 12 : Un mariage en demi-teinte

    Aurèle grogna d’agacement à cette dernière phrase.

    - La Source, la Source !!! J’en ai un peu assez qu’on la remette toujours sur le tapis. On ne sait pas si c’est la panacée La Source. Et qui dit que nous allons avoir une fille, Lucrèce et moi ? Peut-être que nous aurons un autre garçon. Et puis peut-être que l’Esprit de Gaïa n’existe pas non plus !

    - Mais enfin… Tu ne peux quand même pas penser cela !

    - Et pourquoi pas ?

    - Et nos Affinités alors ? D’où crois-tu qu’elles viennent ?

    - Je ne sais pas. Une sélection naturelle ?

    - Ah, franchement, t’abuses, Aurèle. Je vais te faire voir moi d’où il vient le pouvoir…

    Chapitre 12 : Un mariage en demi-teinte

     

    De colère, Amanda lui prit le poignet sans crier gare et d’une secousse elle l’immergea dans le courant tellurique qu’elle sentait sous ses pieds. Il eut un sursaut mais elle le maintint plus fort et l’entraîna dans le courant pour finalement s’arrêter un peu plus loin, sentant un élémentaire à proximité. Et elle plongea dans le cœur de la créature, Aurèle à sa suite, touchant du doigt une particule de Gaïa.

    Puis ils reprirent leurs esprits, là où ils étaient. Commotionné, Aurèle regarda Amanda avec respect et un peu de peur. Elle le regarda dans les yeux et leva le menton, le défiant de dire quoi que ce soit. Mais ses mains tremblaient. Elle savait qu’elle avait abusé du peu de pouvoir qu’il lui restait et elle en paierait le prix demain en vomissant tripes et boyaux.

    - Alors, toujours sceptique ?

    - Je… Amanda… Qu’as-tu fait ?

    - Je t’ai simplement montré la présence de Gaïa.

    - Je ne connaissais pas cette façon de faire…

    - Il serait temps que tu grandisses, Aurèle. Et que tu t’intéresses plus à ce que nous sommes et à nos particularités. Tu ne peux pas tout le temps mettre des œillères.

    - Je… Alors, toi et moi, il n’y aura jamais rien ?

    Chapitre 12 : Un mariage en demi-teinte

    Amanda poussa un soupir et le regarda franchement.

    - Aurèle… Notre attirance a moins d’importance que nos responsabilités dans la Communauté. Bien sûr que c’est triste, bien sûr que cela me désole moi aussi. Mais qui te dis qu’une fois la passion assouvie, cela ne soit pas un feu de paille ?

    Aurèle eut une légère grimace et voulut répondre mais Amanda leva la main.

    - Non, je ne veux pas t’entendre. Le mieux maintenant serait que nous nous évitions au maximum. Je te souhaite un beau mariage, Aurèle. Sois heureux.

    La voix d’Amanda avait légèrement tremblé mais elle était quand même résolue dans sa décision. Elle se leva ensuite et sortit du bar sans se retourner. 

    Chapitre 12 : Un mariage en demi-teinte

     

     ....

     

    Aurèle revint au moment présent et à son mariage. Il serra plus fortement les mains de Lucrèce. Son avenir était ici, avec elle, avec son fils Donatello. Il devait y croire. Il devait se montrer digne de ses ancêtres et de son nom. 

    Chapitre 12 : Un mariage en demi-teinte

    Macha paracheva la cérémonie et les déclara officiellement mariés.

     Chapitre 12 : Un mariage en demi-teinte

    Ernesto, qui s’était tenu en retrait depuis le début de la cérémonie, vint vers eux et les enlaça tour à tour, heureux de voir son fils prendre enfin ses responsabilités et d’avoir une belle-fille aussi talentueuse que Lucrèce. Ce fut ensuite au tour de Gunther de féliciter les mariés.

    Chapitre 12 : Un mariage en demi-teinte

     Le reste de la journée fut, pour Lucrèce et Aurèle, consacré à accueillir les personnes qui venaient les féliciter. Un buffet avait été dressé à occasion dans le jardin. Personne n’était tenu de rester toute la journée, contrairement à un mariage « normal », mais chaque membre de la communauté adressait un petit mot aux mariés et apportait également un petit présent. C’était le plus souvent un cadeau qui avait trait au don de chacun : Véra et sa mère Dora leur apportèrent des onguents à base d’herbes médicinales et Viviane leur apporta le miel du Verger.

    Chapitre 12 : Un mariage en demi-teinte

     Il n’y eut qu’Hendrick Gotshein qui ne leur apporta rien. En voyant le couple, Aurèle se raidit quelque peu et se força à ne pas regarder Amanda. Il se pencha plutôt vers la petite Moïra qui accompagnait ses parents, habillée d’une jolie robe de fête.

    - Eh bien ma jolie, comme tu es mignonne dis donc. Cela te dirait de voir mon petit garçon ? C’est encore un bébé tu sais.

    Chapitre 12 : Un mariage en demi-teinte

     Il guetta un regard d’approbation auprès des parents qui hochèrent la tête de concert. Il remarqua alors que Lucrèce était également mal à l’aise et affichait un sourire crispé devant Hendrick. Commençant à connaître la jeune femme, il se doutait qu’il y avait un contentieux entre elle et le médecin. Il se promettait de l’interroger plus tard.

    Le jeune homme entra dans la maison en tenant Moïra par la main et l’emmena devant le berceau de Don. La petite fille se hissa sur la pointe des pieds et eut un grand sourire en voyant le bébé. Aurèle voulut discuter un peu avec la toute petite fille mais il fut soudain interrompu par son père qui cherchait quelque chose. Il sortit donc de la pièce et ne remarqua pas la présence d’Ulrike et d’Audren assises dans le canapé. Celles-ci observaient attentivement Don et Moïra.

    La toute petite fille gazouillait et bavardait auprès du bébé. Don avait ouvert de grands yeux et observait attentivement Moïra. Elle lui toucha alors la main et il y eut un petit éclair. Moïra eut un hoquet puis se mit à rire. Elle tourna soudain la tête car sa maman l’appelait. Elle se détourna de Don et partit. 

    Chapitre 12 : Un mariage en demi-teinte

     Audren et Ulrike se levèrent et s’approchèrent du berceau.

    Chapitre 12 : Un mariage en demi-teinte

    - Le Chaos…

    - Comment ça le Chaos, Ulrike ?

    -  Je vois le chaos dans cette petite fille. Elle est innocente et pourtant que d’obscurité autour d’elle… Et puis cette attirance pour Don… Qu’ont donc les hommes Lothario pour inspirer autant d’amour ?

    - C’est peut-être à cause de Donatello 1er du nom qui a engendré le charme dans sa lignée. Pour ma part, je vois que Don sera une compagnie essentielle pour Moïra.

    - Alors, laquelle de nous deux aura raison ?

    - Ah ça… Nous le verrons bien, ma sœur. En attendant, revenons à la fête. Il y a des gâteaux au miel de Viviane et ils sont super bons.

    - Ah oui !

    Les jumelles quittèrent la pièce et laissèrent le bébé tout seul. Il gazouillait et tendait les mains en direction d’un rayon de lumière, absorbé par quelque chose que lui seul voyait…

    Chapitre 12 : Un mariage en demi-teinte

     

    Fin de la première période


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  • Début août – Demeure de Gunther Kessler

    Ce matin-là, Lucrèce s’était installée chez son parrain pour profiter de son accès internet car le branchement n’avait pas encore été fait dans la maison de ses parents. La jeune femme trépignait d’impatience devant la page qu’elle rafraichissait toutes les deux minutes. Son avenir se jouait aux résultats qui allaient apparaître ou non sur le site.

    Chapitre 11 : Troubles

     De l’autre côté, dans le salon, Gunther était tranquillement assis sur le canapé et buvait son thé. De temps en temps, il jetait un coup d’œil vers la porte où derrière se trouvait sa filleule. Il attendait lui aussi.

    Chapitre 11 : Troubles

     Et puis, il y eut un grand cri de joie et Gunther se permit un léger sourire. Lucrèce sortit en trombe de son ancienne chambre et enlaça vivement Gunther qui s’était levé.

    Chapitre 11 : Troubles

    - Je suis admise, je suis admise !

    - Félicitations ma chérie. Mais je n’en doutais aucunement tu sais.

    Gunther l’embrassa légèrement sur la joue et l’invita à s’asseoir sur le canapé à côté de lui. Lucrèce s’exécuta mais la joie qui l’habitait la faisait tressauter sur place. Elle accepta en souriant la tasse de thé que lui servit son parrain. Le regard de Gunther, toujours empreint de fierté, se fit un peu plus grave.

    Chapitre 11 : Troubles

     

    - Je suis vraiment content et fier de toi, Lucrèce. J’espère que ces 7 ans d’études te seront gratifiantes.

    - Je l’espère aussi, Gunther. Mon premier objectif est d’arriver à avoir le diplôme d’aide-vétérinaire dans quatre ans. Ensuite, je verrais.

    - Tu sais aussi que tu vas devoir faire un effort de discrétion quand tu seras à Strasbourg…

    Gunther haussa un sourcil en la regardant et elle se mordit la lèvre. Elle savait que c’était son point faible : elle avait beaucoup de mal à retenir son affinité en présence des animaux, même s’il y avait des êtres humains normaux à proximité. Mais elle sentait tellement de souffrances animales qu’elle ne pouvait s’empêcher de réagir. S’en était suivi dans son enfance quelques scènes pénibles et gênantes dont Gunther avait fait au mieux pour la protéger.

     

    - Je le sais bien Gunther. Mais c’est tellement dur parfois. Je me demande comment faisaient mes parents.

    - En fait, si tes parents sont souvent partis en Afrique, c’est pour cette raison. Car là-bas, ils ont trouvé des personnes qui sont plus enclins à accepter nos particularités qui sortent de l’ordinaire que dans nos pays occidentaux. Et puis, ils étaient un peu plus vieux que toi et plus enclins à l’auto-discipline.

    Lucrèce hocha la tête mais son esprit était ailleurs. A l’énoncer du mot « Afrique », elle s’était tout de suite mise à rêvasser.

    Chapitre 11 : Troubles

    - Dis, Gunther, tu crois que moi aussi je pourrais aller en Afrique ?

    Gunther fixa sévèrement sa filleule du regard.

    - Ne te disperses pas, Lucrèce. Tu es utile ici, à Lenzasen. Pas là-bas. Qu’espères-tu donc y trouver ?

    Une trace de mes parents aurait-elle voulu dire. Mais il n’y avait pas que cela qui trottait dans la tête de la jeune femme. Une autre pensée avait pris son importance depuis bien longtemps. Depuis qu’on avait pressenti son rôle dans la prophétie…

    - Je ne sais pas… Une trace de Gaïa peut-être…

    - Gaïa n’est pas plus en Afrique qu’elle n’est ici. L’Esprit est endormi, tu le sais bien.

    - Arriverons-nous à le réveiller un jour ? Crois-tu que je sois la Mère de celle qui le réveillera ?

    Lucrèce s’était tournée vers Gunther, fébrile. Un désespoir transparaissait dans sa voix et ses lèvres formaient un pli amer.

    Chapitre 11 : Troubles

     

    - En vérité, je n’en sais rien, ma chérie. Ce n’est qu’une légende. Je n’ai jamais vraiment fait confiance aux Augures des jumelles là-dessus. Je préfèrerai que tu te concentres sur autre chose. Et puis, tu n’as peut-être pas de fille, mais tu as un fils, Donatello. Et bien vivant, lui.

    Lucrèce hocha la tête puis se coula dans les bras affectueux de son parrain pour un câlin dont elle avait bien besoin. Elle avait beau être une jeune femme, elle avait toujours autant besoin d’affection. Il lui caressa doucement les cheveux et l’embrassa sur le front, un rituel qui avait pris racine dans son enfance.

    La jeune femme profita un instant de ce moment puis se ressaisit et se leva du canapé.

    - En parlant de Don, il faut que j’y ailles. Aurèle veut travailler au Verger aujourd’hui. Moi, j’en profiterai pour commencer l’inscription à l’Ecole Vétérinaire. C’est fou ce qu’il faut comme paperasse…

    - A propos d’Aurèle… Comment cela se passe avec lui ?

    Chapitre 11 : Troubles

     Lucrèce était arrivée à la porte d’entrée. Elle retourna vers son parrain en fronçant légèrement les sourcils.

    - ça va… Il s’occupe bien de Don et prend son rôle de père à cœur. Plus que je ne le pensais.

    - Mais avec toi je voulais dire…

    - … Ha ! Eh bien, honnêtement, nous avons du mal à reprendre notre relation d’avant, lorsque j’étais à Padoue. En même temps, les enjeux ne sont pas les mêmes…

    - Tu peux encore dire non à cette union. Tu ne dois rien à Macha ni à personne d’autre. Je m’arrangerais avec la Grande-Maître au besoin.

    - Non, Gunther. Ce n’est pas la peine. Cela va aller. Il nous faut juste du temps.

    - Lucrèce, je ne veux que ton bonheur.

    - Je le sais bien Gunther. Mais laisses-nous une chance.

    - Si tu le dis…

    Lucrèce eut une petite moue puis fit un petit geste de la main et sortit de la maison. Gunther poussa un léger soupir et se renfonça dans le canapé. Les Enfants de Gaïa étaient décidément très doués pour saborder leur propre bonheur.

    Un tintement se fit soudain entendre derrière lui. Il se retourna et trouva Audren en train de fouiller dans son frigidaire.

    Chapitre 11 : Troubles

     

    - Audren ! Combien de fois t’ai-je dit d’entrer par la porte comme tout le monde ?

    - Ho, plein de fois, plein de fois. Mais c’est plus drôle de te voir sursauter.

    La petite blonde sortit sa tête du frigidaire et eut un sourire malicieux envers le vieil homme. Puis elle referma la porte, un morceau de gâteau à la main. Gunther fronça les sourcils.

    - Tu sais que tu peux demander avant de te servir…

    Chapitre 11 : Troubles

     

    Audren haussa les épaules en finissant de manger le gâteau et en s’installant tranquillement à côté de lui. Ce n’était pas la première fois qu’il réagissait ainsi vis-à-vis des jumelles mais elles n’en faisaient qu’à leur tête. Gunther remarqua alors qu’Audren ne portait plus son sempiternel costume masculin démodé mais un tee-shirt à motifs et un short de tout ce qu’il y a de plus actuel.

    - Tiens, tu as changé de vêtements ?

    - Ouaip ! Comme nous allons grandir, je me suis dis qu’un petit changement de look ne ferait pas de mal.

    - Ah oui… Au fait, pourquoi es-tu ici ? Certainement pas pour venir manger le gâteau au chocolat que j’avais préparé, hein ?

    - Cela aurait pu. Tu cuisines bien. Aussi bien que Macha.

    - J’ai été à bonne école…. Bon alors ?

    Audren avala sa bouchée puis reporta son regard vers Gunther, un air plus sérieux sur le visage.

    - Tu ne devrais pas essayer de dissuader Lucrèce d’épouser Aurèle, Gunther. Cette union doit être consommée.

    Gunther ne dit rien mais son visage se ferma brusquement.

    - Je ne peux donc rien dire ? Encore une fois ?

    - Tu ne peux pas rendre les gens heureux malgré eux, malgré leur destin, Gunther. Il faut que tu apprennes à lâcher prise à ce sujet.

    Chapitre 11 : Troubles

     

    Audren le regarda sérieusement, mais une pointe d’inquiétude avait surgi dans son regard. Elle posa sa main sur la sienne en un geste de réconfort. Elle savait combien le vieil homme aspirait à une tranquillité et à une vie sereine après ce qu’il avait vécu étant enfant. Mais pour autant, il ne pouvait pas aller contre ce qui devait être.

    - Cela veut donc dire que Lucrèce ne sera pas heureuse avec Aurèle, c’est cela ? Alors, je m’y oppose sérieusement.

    Audren eut un geste d’agacement.

    Chapitre 11 : Troubles

     

    - Ce n’est pas ça ! Je ne sais pas si Lucrèce sera heureuse avec ce jeune homme. Et pour tout te dire, je m’en fiche un peu. Le bonheur ! Vous n’avez que ce mot à la bouche, vous les humains. Mais c’est si fugace comme sensation, cela ne reste pas. Mais ce que je peux te dire, c’est que Lucrèce doit avoir un autre enfant avec Aurèle…

    - La Source !

    Gunther avait craché ce mot avec dégoût. Mais Audren haussa les épaules, révélant ainsi son incertitude.

    -  On ne sait pas vraiment.  Mais ce qu’il y a de sûr, c’est qu’il y a un fort  potentiel, un faisceau de possibilités dans le fruit de cette union.

    - Cela fait quand même beaucoup d’incertitude tout cela et vous jouez avec l’avenir de ma filleule.

    - Gunther !

    Audren se rapprocha du vieil homme et lui prit le visage entre les mains.

    - Je t’en prie ! Nous devons au moins essayer ! Ne sens-tu pas qu’il faut agir maintenant ? Gaïa s’est tellement plongée sous la terre que nous ne la sentons plus. Oui. MÊME NOUS ! C’est désastreux pour l’avenir de la planète. NE LE SENS TU PAS ?

    Chapitre 11 : Troubles

    Audren avait crié ses mots et ses yeux étaient remplis de larmes. Gunther sentit que qu’elle était à bout. Et malgré lui, des larmes coulèrent sur ses joues.

    Car lui aussi avait senti le changement. Dans le chant des courants telluriques, dans le murmure des Elémentaires. La biodiversité de la planète était en train de changer en quelque chose d’instable…

    Il posa sa main sur l’épaule de la « petite fille » et la serra fortement.

    - Pardon : J’oublie à chaque fois que vous êtes plus que votre apparence. Et combien l’absence de l’Esprit-Mère vous pèse. Très bien. Qu’il en soit ainsi et que cette union soit célébrée.

     Audren opina de la tête et se blottit dans les bras du vieil homme pour obtenir un peu de réconfort.

    Après le départ d’Audren, Gunther resta un instant songeur puis il alla vers le buffet de son salon et une sortit une Ménorah. Il la posa sur la table basse et l’alluma. Il ferma les yeux et se pencha d’avant en arrière, en un geste mécanique et ancien. Des paroles lointaines et presque oubliées refirent surface au bout de ses lèvres. Gunther priait. Il priait un Dieu lointain. Il priait parce qu’il n’avait plus que ça.

     

    Chapitre 11 : Troubles

    Demeure Steiner – L’après-midi.

    Le soleil caressait le dos d’Aurèle pendant qu’il berçait tendrement son fils. Les grands yeux verts de Don l’observaient avec attention et confiance. A cet instant, Aurèle se sentait heureux. Sa place était là, avec son fils dans les bras.

    Chapitre 11 : Troubles

     Mais cet instant ne dura pas et il reposa tendrement le bébé qui s’endormait doucement. Il resta là un instant à le regarder puis sortit de la chambre. Lucrèce se trouvait en bas, en train de s’occuper des papiers pour son admission à l’Ecole Vétérinaire de Strasbourg. Cela ne lui plaisait toujours pas mais il n’avait aucun choix là-dedans non plus. Sauf à refuser son union avec Lucrèce et il en avait vaguement caressé l’idée. Après tout, son père et lui étaient maintenant citoyens de Lenzasen, son but depuis le début. Mais un reste de conscience avait chassé cette idée. Et puis, Lucrèce était une belle femme, malgré un caractère rigide sur certaines choses, la vie serait quand même agréable à ses côtés, non ?

    Le jeune homme descendit et vint la retrouver au salon. Elle leva la tête vers lui.

    Chapitre 11 : Troubles

    - Il s’est endormi. Il avait juste besoin d’un petit câlin en fait.

    Lucrèce sourit.

    - Tu vois que tu ne te débrouilles pas si mal en tant que père.

    - Ho heu. Oui. Hum, je peux te laisser maintenant ? Je dois retourner au Verger, il y a une tâche que je n’ai pas fini ce matin.

    - Mais bien sûr, Aurèle, pas de soucis. Je n’avais pas l’intention de bouger de la maison cet après-midi.

    - Ok alors. A ce soir.

    Chapitre 11 : Troubles

     Aurèle déposa un léger baiser sur la joue de Lucrèce puis sorti. Dix minutes plus tard, le bus le déposait à l’entrée du Verger. Il resta là un instant, savourant le calme ambiant ainsi que l’énergie de la végétation qui se dégageait alentour. Puis il entra. Il savait qu’à cette heure-ci, il y aurait peu de monde. Le plus souvent, Les Enfants travaillaient les matins avant d’aller à d’autres occupations l’après-midi, tel que le couple Muller qui s’occupait également de la pharmacie-herboristerie de la ville. Cela convenait à Aurèle, cette solitude. Il pouvait ainsi se connecter davantage à son Affinité et sentir le murmure et le bruissement de la végétation entre les paumes de ses mains.

    Le jeune homme se dirigea vers l’entrepôt où étaient stockées les semences qui devaient partir dans d’autres Convents. Il revenait parce qu’il avait oublié de mettre les pousses de bambou dans la caisse en partance pour la Chine. Il avait encore été distrait par les Elémentaires. Il faudrait qu’il fasse attention la prochaine fois. Il ne tenait pas à ce que son travail soit dénigré.

    Il s’émerveillait à chaque fois de l’influence de Lenzasen vis-à-vis des autres Convents. Il ne pensait pas avant de venir ici que son importance était aussi grande et aussi essentielle pour tous les Enfants de Gaïa. Mais, en même temps cette importance était inquiétante : il avait appris, en côtoyant les autres Enfants dans le Verger, qu’il y avait de moins en moins de Convents fonctionnels à travers le globe. Et, de moins en moins d’Enfants de Gaïa avec une Affinité fonctionnelle ou une Affinité tout court. Est-ce que cela était lié au changement climatique, la pollution ou l’éloignement de Gaïa ? Ils n’en savaient rien mais ils continuaient quand même car il n’y avait que cela à faire. Aurèle se demandait jusqu’à quand Lenzasen pourrait supporter cette charge aussi considérable avant de s’effondrer. Mais lui aussi apportait sa part. Parce qu’il était un Enfant qui respectait le Pacte.

    Aurèle prit les pousses de bambous et s’assura que tout était en ordre. Il effleura une feuille et sentit que la plante n’était pas très forte. Il mit sa main sur la tige et ferma les yeux. Son esprit plongea au cœur de la plante et il recalibra quelques cellules végétales afin d’apporter un surcroît de résistance à la plante.

    Chapitre 11 : Troubles

     

    Voilà l’essentiel de leur travail au Verger : semer, faire pousser et s’assurer que les végétaux soient assez forts et résistants à toutes sortes de contraintes. C’était souvent juste un petit coup de pouce qu’ils donnaient mais cela était d’une importance capitale lorsque ces végétaux étaient plantés dans un écosystème perturbé. Et on pouvait dire qu’actuellement le travail ne manquait pas.

    Une fois qu’Aurèle eut tout vérifié et mis les végétaux dans le container, il passa au potager et s’assura qu’aucune plante n’avait besoin de ses soins.

    Puis, il s’octroya une petite pause dans un coin un peu reculé du Verger. Aurèle n’avait pas envie de rentrer trop tôt à la maison. Il appréciait le calme de l’endroit et la présence des Elémentaires. Cela lui permettait de se ressourcer et également d’être plus en paix avec lui-même.

    Chapitre 11 : Troubles

     

    Un bruissement soudain à ses côtés lui fit tourner la tête. Une jeune femme brune s’était assise sur le banc et tenait un mouchoir devant sa figure et ses épaules tressautaient à chaque sanglot. Elle sentit alors qu’elle n’était pas seule et tourna la tête vers lui. Elle eut un sursaut en voyant Aurèle.

    - Ho pardon ! Je pensais qu’il n’y avait personne.

    - Il n’y a pas de mal. Voulez-vous que je m’en aille ?

    - Heu.. Ho, non, non. Restez. Je suis désolée que vous me voyiez ainsi. Ce n’est pas mon genre d’habitude.

    - Est-ce que je peux faire quelque chose pour vous ?

    Chapitre 11 : Troubles

     

    La jeune femme resta silencieuse un instant tout en le jaugeant du regard. Aurèle put l’observer tout à loisir. De grands yeux noisette, une bouche pulpeuse qui attirait les baisers, un teint mat, des cheveux noir brillant, une silhouette voluptueuse… Mais une expression très triste sur le visage.

    - Non vous ne pouvez rien faire… Mais, j’oublie tout, je ne me suis pas présentée. Je m’appelle Amanda Mayf… Amanda Gotshein.

    - Aurèle Lothario !

    - Ha ! Vous êtes le nouveau membre qui vient d’Italie ! Enchantée !

    Amanda se leva pour lui serrer la main, Aurèle fit de même. Au moment où le bout de leurs doigts se touchèrent, ils ressentirent comme une décharge électrique. Ils sursautèrent tout les deux puis se regardèrent. Il y eut comme une évidence, une sensation de retrouver une partie de soi-même, une complétude. Aurèle et Amanda se rapprochèrent sans vraiment réfléchir et s’enlacèrent. Mais au moment où les lèvres d’Aurèle allaient toucher celles de la jeune femme, celle-ci eut un sursaut et se dégagea.

    Chapitre 11 : Troubles

     

    - Non, non ! On ne peut pas ! …  Je suis mariée !

    En disant cela, Amanda porta la main à sa bouche et se mit à pleurer. Aurèle lui tendit la main mais elle se détourna et se mit à courir en direction de l’entrée du Verger. Elle se retourna un instant vers lui, un dernier regard qui fit chavirer le cœur du jeune homme. Puis elle disparut.

    Il resta là, sans mot dire, laissant le bruit léger des abeilles parvenir jusqu’à lui. Et puis, il se ressaisit et se leva non sans avoir donner un coup de pied rageur dans une motte de terre.

    Chapitre 11 : Troubles

     

    - BORDEL !!! Pourquoi maintenant ? !!!


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