3. Voyage à Londres
-
Je restais un instant interdit devant cette demande puis je lui répondis :
- Oui, bien sûr, Lilas. je vais envoyer un message à Père pour le prévenir de notre arrivée et qu'il nous acceuille dans notre hôtel particulier.
- ho..euh... Je préfèrerais descendre dans l'hôtel particulier Feliner si vous n'y voyez pas d'inconvenient.. et seule, s'il vous plaît.
- La demeure de votre défunt mari ? Mais, je croyais que vous l'aviez vendu...
Gaspard Féliner, le défunt mari de Lilas n'avait point d'héritier, direct ou indirect et tous ses biens matériels et financiers étaient revenus à sa veuve, Lilas. Mais, l'hôtel particulier représentait un budget important au niveau de son entretien. De plus, nous n'avions pas besoin d'une deuxième maison à Londres puisqu'il y avait déjà la demeure des Bailey-Moon. J'avais donc laissé carte blanche à ma femme là-dessus, je ne voulais pas m'immiscer plus que de raison dans tout ce qui avait trait à son ancienne vie. J'étais donc d'autant plus surpris qu'elle n'ait pas réglé cette affaire.
- Pas encore Colin. Je vais m'y atteler à mon arrivée justement. Une fois cela fait, je reviendrais... à la maison.
- Lilas.. Tout va bien, n'est-ce pas ? Il n'y a rien de grave ?
- Mais non, mon cher. Juste une petite.. contrariété que je vais m'empresser de régler. Vous n'avez pas à vous en soucier, franchement.
- Très bien, Madame. Je vais prévenir Albert, notre cocher, afin qu'il prépare la calèche.
- Fort bien. Je vais demander à ma femme de chambre d'appreter mes bagages.
Lilas se leva et se dirigea vers la porte. Je l'arrêtais en prononçant son prénom.
- Lilas... Vous serez prudente, n'est-ce pas ? Vous saurez tenir votre rang ?
Lilas se retourna et me regarda le visage fermé. Quand elle me répondit sa voix était glaciale.
- Bien évidemment, Colin. Je ais qu'il n'y a que cela qui vous intéresse. Je sais où est mon devoir.
Et elle sortit en fermant vivement la porte. Je me mordis les lèvres. Je m'étais encore comporté comme un goujat.
Ma femme partit dans l'après-midi et cela me laissa un petit goût de désoeuvrement. J'avais pris l'habitude qu'elle soit à mes côtés. Elle allait me manquer le temps de son séjour.
Mais, dans la soirée, alors que je prenais mon bain, je ressassais notre conversation de ce matin et cette lettre qu'elle avait reçu. Qu'est-ce qui l'obligeait à repartir si vite à Londres ? Elle ne m'en avait pratiquement rien dit. D'ailleurs, je ne connaissais pratiquement rien de son passé non plus. Et, en même temps, est-ce que je l'avais interrogé là-dessus ? Est-ce que je m'étais inquiété de quoi que ce soit de son premier mariage ? Non, bien évidemment.
- Ah ! Sot que je suis !
Les jours suivants passèrent assez vite, entre la gestion des fermages qui prenaient une grande part de mes journées et la gestion de mon haras. Celui-ci était ma plus grande fierté. Plusieurs étalons nés ici avaient enrichi quelques maisons nobles de la région et ailleurs. Les chevaux Bailey-Moon commençaient à avoir une bonne réputation.
C'est pour ça que tout à mon occupation je ne m'inquiétais guère de ne pas avoir de nouvelles de ma femme.
Au bout du cinquième jour, tout changea. Je vis la calèche de mon père s'arrêter brusquement dans l'allée.
Celui-ci s'empressa vivement d'entrer dans notre demeure et me força à venir avec lui dans le bureau. Il me regardait d'un air courroucé.
- Colin ! Quelle est cette folie ?
- Pardon ? Je ne comprends pas, Père.
- Vous avez laissé votre femme partir toute seule à Londres ?
- Heu oui, bien sûr. Elle avait des affaires à régler au sujet de son défunt mari.
- Des affaires, hein ? Eh bien, ces affaires ont une curieuse allure... Plusieurs de mes connaissances l'ont vu se promener au bras d'un homme et ce n'était pas toi. On les a vu à Hyde Park mais aussi à une des soirées qu'organise la baronne de Charltott....
- C'était peut-être un ami de son défunt mari, Père...
- Un ami ? On a vu cet homme l'embrasser ! Et pas comme un ami, hein !
Mon père tapa du poing sur le bureau, très en colère.
- Je refuse que cette femme salisse le nom des Bailey-Moon, Colin !
- Cette femme, comme vous dites, c'est quand même vous qui m'avez obligé à l'épouser, Père. Vous pouvez ne vous en prendre qu'à vous même !
- Mais cela ne te fait rien qu'elle ait un amant ? Quel homme es-tu ?
- Je suis cet homme qui a épousé cette femme pour que vous puissiez éponger vos dettes.
- Des dettes qui te seraient revenus !!! Nous devons préserver à tout prix le nom des Bailey-Moon.
Je me retins de soupirer devant mon père. Il me jetait encore une fois notre nom à la figure. Et, en même temps, ce n'est pas comme si je n'avais pas l'habitude. Pour autant, ce que venait de me révéler mon père sur Lilas me chagrinait beaucoup plus que je ne l'aurais pensé. Mais après tout, je ne connaissais pas ma femme et la faute m'en revenait entièrement.
Je me levais.
- Très bien, Père. Je vais revenir à Londres avec vous et m'occuper.. de ma femme.
- Le mieux serait que tu l'exiles dans une maison à la campagne. Mais pas avant qu'elle ne t'ait donné des héritiers.
J'eus juste un petit geste de la tête envers mon père et je sortis ensuite du bureau. J'avais grand besoin de me défouler après cette conversation. J'allais dans ma salle de sport privée et je me défoulais à taper dans le sac de jute.
A chaque coup, je m'interrogeais. Qui était cet homme ? Quel était son lien avec Lilas ? Son amant ? Et pourquoi cela me blessait autant alors que cela aurait du m'être indifférent, et même soulagé ?
Nous partîmes tôt, le lendemain en direction de Londres. Le voyage fut un peu long mais j'en profitais pour lire un ouvrage qui m'attendais depuis longtemps. Une fois arrivé à l'hôtel particulier, je décidais sur un coup de tête, d'aller me promener à Hyde Park. Je ne sais pas si cela allait m'avancer à quelque chose, mais j'avais du mal à tenir en place.
Et, je ne fus pas déçu, si l'on puis dire.
Alros que les derniers promeneurs se pressaient pour quitter le parc, je vis, un peu à l'écart, un couple enlacé sur un banc. Je m'approchais discrètement, caché par les arbres, afin de le voir un peu mieux. Et mon coeur fit un bon. C'était Lilas ! Lilas avec un un jeune homme. Celui-ci était tout vêtu de noir et avait des longs cheveux étrangement gris. Mais surtout, il serrait fortement ma femme contre lui. Mes poings se serrèrent.
Comment ? Comment osaient-ils ? J'en étais furieux et blessé.... Mais yeux revinrent malgré moi vers eux. Et je regardais mieux. Il y avait quelque chose d'étrange. Il n'y avait aucune sourire, aucune félicité sur le visage de Lilas...
Ils se levèrent et commencèrent à se diriger vers la sortie du parc. Je décidais de les suivre, toujours discrètement. Et, ce faisant, je remarquais que Lilas essayait de se dégager de l'étreinte du jeune homme mais celui-ci la ramenait à lui d'un coup sec. Qu'est-ce que c'était que cela ? Une partie de moi voulait agir tout de suite mais je me retins. Je préférais en savoir plus.
A la sortie du parc, ils prirent une calèche. Je dus moi aussi en prendre une afin d'éviter de les perdre. Le couple s'arrêta à Mayfair, devant un hôtel particulier cossu. Lilas en descendit et se dégagea sèchement de la main qui voulait la retenir et entra dans la demeure.
Cela devait donc être l'hôtel particulier de son défunt mari. Je payais moi aussi ma course et tocquais à la porte. Le domestique n'eut pas le temps de me demander qui j'étais que je le poussais et j'entrais vivement dans le salon où se tenait Lilas encore dans ses habits d'extérieur. Elle se tourna vers moi la mine stupéfaite.
- Colin ! Mais...
- Lilas ! Je crois que vous me devez quelques explications...












