Chapitre 15 : Jay Sarren
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Le lundi après-midi, nous avions tous une réunion importante avec le Directeur. Nath et Rowan furent présentés au reste de l’équipe et ensuite, il leur dévoila le projet pour lequel on leur avait demandé de venir ici.
Comme je l’avais deviné, mes deux amis furent impressionnés, mais également grandement intéressés par ce projet, même si Rowan me jeta un regard de connivence.
Nous en avions discutés avant entre nous et nous aviserions de notre conduite à tenir si nous trouvions quoi que ce soit de louche, dans l’entreprise ou en dehors, à Newborn.
La suite fut dédiée aux détails pratiques et aux éléments qui nous bloquaient encore. Nous avions également une visio-conférence avec les commanditaires de l’Armée pour leur expliquer nos avancées et si ce que nous élaborions leur convenaient ou s’il y avait encore des ajustements à faire.Au moment où la visio-conférence commençait un homme entra dans la pièce. Ashaya Vassalani, le directeur, releva la tête et fit signe au nouvel arrivant de venir s’installer à côté de lui.
- Bien. Pour ceux qui ne le connaissent pas, je vous présente Jay Sarren. Il est le président honorifique de notre société. Je l’ai invité à cette réunion afin qu’il puisse constater que nous nous engageons bien dans le projet initialement prévu par Louis Sarren.
Le Directeur eut un sourire mais Jay Sarren, lui, ne souriait pas et lui lança un drôle de regard.
Ainsi donc, c’était lui le fameux Jay, celui qui m’avait fait peur il y a quelque temps et qui donc, était le filleul de Louis Sarren. Je le détaillais, un peu plus attentivement. Il était grand et longiligne, le crâne rasé et les sourcils blonds. Il paraissait légèrement emprunté devant nous.
Mais si son allure était un peu gauche, son regard lui ne l’était pas. A peine eut-il fait le tour des personnes présentes que ses yeux gris acier se verrouillèrent sur moi, acérés. Je me sentis d’un coup mal à l’aise face à regard. Heureusement, la discussion commença et il tourna la tête vers l’écran vidéo. Je poussais quand même un petit soupir de soulagement.
La visio-conférence dura plus longtemps qu’il n’était prévu mais elle permit à l’équipe de mieux cerner ce qui n’allait pas encore et d’intégrer les nouvelles demandes de notre commanditaire. Rowan proposa même une forme un peu plus ergonomique pour l’IA sur le terrain.
Une fois l’écran éteint nous pensions en avoir fini et continuer le travail, mais le directeur nous demanda de rester assis. Son regard alla vers Richard Gallagher.
- Monsieur Gallagher, j’aimerais que cet après-midi, vous vous rendiez à la Fondation Constellation afin de vérifier leur système informatique et leur serveur.
- Ils ont eu un souci ? Pourtant, il n’y a pas si longtemps que nous avons changé leur parc informatique.
- Il n’y aucun problème au niveau de leur équipement. Mais la Direction nous a informé qu’il y a eu une intrusion sur leur intranet, dans des dossiers sensibles. Quelqu’un a réussi à déjouer les systèmes de sécurité malgré les multiples pares-feux. Malheureusement, l’informaticien de la Fondation n’a pas pu remonter jusqu’à l’adresse l’IP incriminée.
Je me mordis l’intérieur des joues. Zut ! J’avais agi en toute discrétion normalement, l’intrusion n’aurait pas dû se remarquer. Comment s’étaient-ils rendus compte de ma visite ?
Alors que le Directeur était toujours en train de discuter avec Richard, Jay se retourna soudain vers moi, me fixa dans les yeux et eut un petit sourire arrogant.
Bordel !!! Il savait ! Il savait que c’était moi. Je déglutis nerveusement. C’était la catastrophe. Il détourna enfin le regard mais je restais sur le qui-vive.
La réunion se termina enfin. Et Jay Sarren ne prit aucunement la parole pour m’accuser d’intrusion sur le site de Constellation. Peut-être m’étais-je trompée sur son sourire…
Alors que nous nous levions, Rowan vint près de moi et me chuchota :
- Dis donc, tu as fait une touche avec le jeune Sarren. Il ne t’a pratiquement pas lâché du regard.
- Ho, je t’en pri…
- Mademoiselle Raven ?
Une voix. Une voix grave et douce à la fois. Je me retournais. C’était bien évidemment Jay Sarren qui se tenait derrière moi. Je tentais de garder une contenance et haussais un sourcil interrogateur.
- Oui ?
- Je souhaiterais vous parler quelques instants si vous n’y voyez pas d’inconvénients.
Il lança un regard éloquent vers Rowan lui signifiant que sa présence n’était pas nécessaire. Elle eut un bref singe du menton, non sans un dernier regard goguenard dans ma direction puis elle sortit.
Nous étions seuls dans la salle de réunion. Jay se pencha vers moi et me chuchota :
- Tu sais que je sais ce que tu as fait…
- Que…
- Inutile de nier. Si tu tiens à ta place ici, ainsi qu’à l’image que tu renvoies, tu vas me rendre un service…
- Un service ?
- Oui. Je vais t’envoyer cela ce soir sur ton ordinateur. En trois fois, car le volume est important. Et bien évidemment, tout cela reste entre nous…
- Je… C’est illégal ? Je ne…
- Tss, tsss… Allons, pas de ça avec moi, Aliénor Raven…
Il leva la main et d’un doigt suivit le contour de ma joue. Je frémis. J’avais l’impression d’être un moucheron pris dans une toile d’araignée.
Soudain le Directeur fit irruption dans la salle et en voyant Jay avec moi ses sourcils se froncèrent.
- Jay ! Où étiez-vous donc passé ?
- Je discutais avec Mademoiselle Raven, comme vous le voyez…
- Vous n’avez pas à discuter avec le personnel, vous le perturbez, on en a déjà discuté….
Il vint rapidement vers lui, lui pris fermement le bras et l’entraîna en dehors de la pièce. Mais juste avant de sortir, Jay tourna la tête et eut ce maudit petit sourire en me regardant.
Mais qu’est-ce que c’était que ça ?
Je retournais quelque peu secouée à mon poste de travail. Mais pendant que mes mains entraient machinalement des lignes de codes, mon esprit vagabondait. J’appréhendais déjà ce qu’allait me demander Jay. Et puis surtout, comment pouvait-il être au courant de mon incursion sur le site de la Fondation ? Je n’étais pourtant pas née de la dernière pluie et je savais comment entrer sur un site en anonymat. Il y avait quelque chose qui m’échappait. Et pourquoi n’avait-il pas dévoilé mon identité s’il savait que c’était moi ? Après tout, il était quand même le Président Honorifique de la Société.
Et puis… cette relation avec le Directeur, c’était bizarre. Monsieur Vassalani lui avait parlé sur un tel ton… Je poussais un soupir. Encore des secrets, toujours des secrets. J’en avais un peu marre.
Rowan se tourna vers moi et haussa les sourcils.
- Cela ne va pas, Allie ?
- Si, si ça va. T’inquiètes…
- Tu es sûre ? … Ce n’est pas ce monsieur Sarren qui t’as embêté quand même ?
Je faillis dire que si mais je me retins. Si je parlais, est-ce qu’il s’en prendrait à Rowan ? Je devais être prudente.
Ce soir-là, nous partîmes très tard du bureau. Le travail avait été intense et éreintant. Mes deux amis préférèrent passer un moment dans le jacuzzi avant de manger un bout.
Moi, j’avais juste envie d’un bon bain. Je n’avais pas rejoint Raphaël car il était vraiment tard et j’avais besoin de me reposer.
Mais, alors que j’entrais dans la salle de bain, je sentis mon portable vibrer dans ma poche. Je le sortis et vis le message d’un destinataire inconnu. Me doutant déjà de qui cela pourrait être, je l’ouvris :
« C’EST ENVOYE SUR TON ORDINATEUR ! AU TRAVAIL »
Je grinçais des dents. Et puis je contemplais la baignoire avec envie. Ce n’est pas encore ce soir que j’allais me détendre. Je sortis de la salle de bain, passais dans ma chambre et je me mis à l’aise. Enfin, j’allumais l’ordinateur et j’allais voir ce que Jay m’avait envoyé. Une immense liste de chiffres sans queue ni tête apparue sur mon écran.
- Mais… mais… Il veut que je fasse quoi avec cela ?
Il n’y avait évidemment aucune explication, aucune aide accolée à ce listing. Débrouille-toi ma vieille !
Avant de m’arracher les cheveux, je décidais d’imprimer tout ces chiffres et de les déposer par terre. Il n’y avait plus qu’à réfléchir. Je mis longtemps avant de trouver un sens à tout cela. Mais enfin, je les vis. Ces chiffres qui formaient une longue ligne continue dans tout ce fatras.
Afin de me débarrasser au plus vite de ce que j’avais vu, je transférais ma réponse sur l’adresse mail fournie et je l’envoyais. Je reçu aussitôt un sms : « Beau travail. Maintenant vas te coucher. Il faut que tu sois en forme pour le reste demain. Cela serait dommage que tu t’évanouisses dessus ».
Et il se moquait de moi en plus.
Malgré l’heure tardive, le sommeil fut long à venir. Deux yeux gris métalliques et un petit sourire hautain me hantait. Qui était donc ce Jay Sarren ? Et à quel jeu jouait-il avec moi ?
Mes deux autres soirées furent tout aussi intense. Encore des lignes de chiffres, encore des énigmes à résoudre, car bien évidemment, ce n’était pas la même chose que la première fois.
Cela me prit beaucoup plus de temps que je ne pensais et cela bouffa mes soirées. J’étais à cran et énervée, à fleur de peau. Rowan voyait bien que quelque chose n’allait pas mais n’osais rien me dire devant mon regard buté.
Cela ne me ressemblait guère. D’habitude, je parlais toujours de mes problèmes avec elle. Même oui, de certaines choses que j’avais faites illégalement. De toute façon, Rowan avait une morale assez souple au niveau de tout ce qui touchait à Internet.
Mais pourquoi là, je refusais de parler ? Peut-être parce que Jay Sarren me faisait peur. Jusqu’à présent, rien de concret ne me permettait de croire aux dessous illégaux de Newborn. Et là, je venais de mettre les pieds dedans. C’est une chose d’en discuter, cela en est une autre d’être devant le fait accompli…
Enfin, dans la nuit du troisième jour à me faire des nœuds au cerveau, je cliquais une dernière fois sur la touche Envoyer et le mail partit. Mais, cette fois-ci, je n’eus aucun SMS ironique de Jay. J’en fus presque déçue.
Mais, au moment où j’allais m’endormir mon portable vibra et un message sibyllin s’afficha :
« La fin est le commencement et le commencement est la fin ».














