Chapitre 16 : Ruptures
-
Cela faisait une semaine que Nath et Rowan étaient arrivés à Newborn quand la catastrophe arriva…
En ce lundi matin, alors que nous étions à peine arrivés au bureau, le Directeur vint nous voir et nous demanda de passer en salle de réunion.
Aussitôt installés, il alluma la télévision et nous restâmes abasourdis devant les images qui s’offraient à nous : Un immense champ de flammes se déployaient devant nos yeux. Les raffineries d’Arabie Saoudite étaient toutes en flammes.
Oui, toutes. De la raffinerie de Jazan à celle de Yanbu Yasref. Nous étions sous le choc et nous savions déjà ce que cela allait entrainer. Même si les Etats-Unis arrivaient à produire du pétrole pour leur propre marché, ils importaient quand même du pétrole lourd du Moyen-Orient. La pénurie allait entrainer une hausse des prix et une crise économique.
Et, pour en ajouter un peu plus dans ce désastre, ce n’était pas un accident mais une attaque concertée. Nous avions pu voir, avant que les caméras ne lâchent dans une raffinerie, une armée de drones en suspens au-dessus des infrastructures. Qui était derrière tout cela ? Nous étions dans l’ignorance pour le moment.
Le Directeur fut assailli toute la matinée par des appels de l’armée. Quelques heures plus tard, nous étions encore conviés en salle de réunion. Jay Sarren était également présent, mais cette fois-ci, il ne m’accorda aucune attention et sembla même quelque peu distrait.
Monsieur Vassanali nous fit part du changement abrupt de notre mission présente : point de fioriture dans l’IA, nous devions aller au plus essentiel et mettre au point rapidement une machine de guerre autonome. Nous devions également produire des drones tactiques pour l’Armée.
Du coup, ce pourquoi j’étais venu ici prenait un peu moins de sens car il y avait moins d’enjeu et moins de recherche. Mais je devais quand même faire le travail pour lequel j’étais payé.
Le soir-même, nous étions complètement épuisés de notre journée. Mais je souhaitais quand même cette fois-ci appeler Raphaël. J’avais besoin de sa présence après tout ce que nous avions appris.
Il arriva une demi-heure plus tard, aussi bouleversé que moi par la nouvelle et il m’enlaça fortement.
Comme nous n’avions pas le cœur à cuisiner quoi que ce soit, Rowan commanda une pizza.
Et nous nous installâmes dans le salon. La conversation devint vite languissante, même si nous étions tous inquiet de ce qui se préparait. Ce fut Rowan qui se ressaisit la première et demanda à Raphaël de nous jouer un petit morceau au piano afin d’alléger un peu l’ambiance. Elle se mit juste à côté de lui pour l’écouter et battre le tempo. Je souriais mais alors que je tournais la tête pour partager mon amusement avec Nath, je vis que celui-ci était en train de consulter son téléphone, le visage livide.
- Qu’est-ce qu’il y a Nath ?
- Regardes. Cela vient d’arriver ce soir…
Il me tendit son portable et je lus ce qui avait inquiété Nath : une cinquantaine de câbles sous-marins de communication entre l’Amérique du Nord et l’Asie venaient d’être coupés. Un juron monta à mes lèvres. Je jetais un regard en biais à Rowan et Raphaël mais ils étaient plongés dans leur musique. Je revins à Nath qui me regardait les yeux remplis d’inquiétude.
- Ce n’est pas normal, Allie. Pas normal du tout. Les raffineries et maintenant les câbles. Tout cela sent une manœuvre sous-jacente.
- C’est ce que je suis en train de penser en effet…. Qu’allons-nous faire ?
- Il serait peut-être temps de mettre en place ce que nous avions prévus avec Will et Rowan, non ?
- Tu es sûr ? Si on le met en place, il n’y a plus de retour en arrière possible.
- Oui. Tout cela va trop vite. Si nous n’agissons pas maintenant, il sera peut-être trop tard ensuite. Faisons-le au moins pour notre sécurité.
- Ok, je l’appelle.
Je sortis de table, fis un bref sourire rassurant à mes amis puis je montais dans ma chambre et prit dans mon sac un autre portable que je trimbalais avec moi. C’était un portable jetable acheté en magasin et surtout intraçable par qui que ce soit. Le genre de portable qu’on utilisait pour éviter d’être repérer. Je l’allumais et composait le numéro que je connaissais par cœur. Il décrocha aussitôt.
- Will ? C’est Aliénor.
- Tu as vu ce qu’il se passe ?
- Oui. C’est pour cela que je t’appelle.
- On enclenche le plan ?
- Oui.
- Ok. Pour demain, ça vous va ?
- .. Si tôt ? …
- Aliénor. Je ne sais pas combien de temps les autres câbles vont rester intact. Il faut bouger rapidement avant de ne plus pouvoir le faire…
- Je sais, je sais. Tu as mes codes ?
- Oui, pas de problèmes. Je contacterais Nath pour le reste. Je coupe.
Et il raccrocha. Je soufflais un bon coup. On y était. Dans ce que nous avions envisagé de pire. Il fallait maintenant que j’en informe Rowan et explique tout cela à Raphaël.
Rowan, comme je m’y attendais, ingurgita l’information tout de suite et fut prête. Ce fut plus difficile pour Raphaël. Il me fallut un peu plus de temps et de persuasion. Au bout d’un moment, il céda, sans gaieté de cœur. Il m’embrassa puis quitta la maison : il avait des choses à régler et préparer d’ici demain.
Je remontais dans ma chambre et je restais un instant les yeux dans le vague. Finalement, en partant d’ici, puisque c’était de cela dont il s’agissait, je ne saurais jamais ce que me cachais vraiment Newborn. Ni ne saurais vraiment ce que voulais me dire Emma. Un mal pour un bien peut-être.
J’allais commencer à préparer mes affaires quand soudain mon portable sonna. Je me figeais. Ce n’était pas le mien, mais le portable jetable. Normalement, personne n’aurait dû m’appeler dessus.
D’une main tremblante, je décrochais. Et une voie grave que je commençais à connaître me répondit :
- Aliénor.
- Jay ? Mais…
- Un jeu d’enfant pour moi…. Allie, ma jolie, il est temps pour toi de découvrir ce que voulais te dire Emma. Il est temps que tu déchiffres son carnet.
- Mais…
- Avec un s’il te plaît, cela passe mieux ?
- Comment sais-tu pour le carnet ?
- J’ai toujours été aux côtés d’Emma. Depuis le début. Déchiffre le carnet et tu sauras tout. Je te laisse cette nuit pour le faire. Demain tout changera…
- Mais comment peux-tu…
- Déchiffres, Allie… Emma a mis la clé du code à la fin du carnet.
Et sans plus de façon, il raccrocha. Je restais un moment sans bouger après cet appel, tétanisée. Et puis, je me repris. Le carnet. Je le sortis, feuilletais les pages jusqu’à la fin. Et là, je découvris la clé de déchiffrement, écrite en toute petit, parmi les fioritures de la couverture.
Le reste fut un jeu d’enfant.
« Je m’appelle Emma Bassington. J’ai actuellement 19 ans et je vais noter ici tout ce qui est m’arrivée depuis ma conception à Newborn… »










