• Chapitre 10 : Installations

    Quelques semaines après – Fin juillet – Maison de la Veuve Becker

    La route avait été longue : ils étaient partis aux aurores de Padoue et arrivaient enfin à Lenzasen en cet fin d’après-midi. Aurèle, qui avait conduit toute la journée, poussa un soupir de soulagement en s’arrêtant devant la maison qui leur était concédée. Ernesto, lui, sortit de la voiture avec un grand sourire émerveillé.

    - Cette verdure ! Tous ces arbres… Quelle splendeur ! Cela va être un vrai bonheur de vivre ici.

    - Papa… Je crois que l’on nous attend…

    En effet, devant la maison se tenaient Macha Goetz et Gunther Kessler. Ils se dirigèrent donc vers eux et se présentèrent. Macha leva un léger sourcil ironique devant Aurèle puis se départit d’un sourire chaleureux en serrant la main d’Ernesto.

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    - Bienvenu à Lenzasen, Messieurs. J’espère que vous vous sentirez bien ici. Ce n’est certes pas votre foyer en Italie, mais je pense qu’avec le temps vous arriverez à apprécier cet endroit.

    - Nous vous remercions déjà d’avoir bien voulu nous accueillir dans votre Convent.

    - C’était tout à fait normal. En ces temps compliqués, les Enfants de Gaïa doivent rester soudés. Et de plus, votre Affinité à tous les deux avec les plantes nous est très précieuse. Viviane sera très contente de vous intégrer à l’équipe qui travaille dans le Verger. Il n’y a jamais assez de bras pour le travail à accomplir. Mais bon… Venez, je vous invite à entrer dans votre nouvelle maison.

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    La maison était simple mais chaleureuse et les deux hommes sentirent tout de suite que c’était un endroit où il ferait bon vivre. Les meubles n’étaient certes pas aussi luxueux que leur ancienne demeure, mais ils étaient robustes et fonctionnels. Et puis, Ernesto aurait bien vite de la place dans la maison car Aurèle avait l’intention d’habiter avec Lucrèce d’ici quelque temps.

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    La visite faite, Ernesto papota un peu avec Gunther. Il le trouva tout de suite sympathique et chaleureux. Comme il était convenu, il lui remit les Archives du Convent de Padoue que lui avait confié Vésuvio. Il se tourna ensuite vers la Grande-Maître qui avait été plutôt mutique depuis leur entrée dans la maison et fit allusion à la Relique et au grimoire. Mais celle-ci l’arrêta net.

    - Je ne souhaite pas en entendre parler. Vous voudrez bien remettre ces… objets à Viviane Fydren. Ils seront plus en sécurité dans sa maison… Bien, nous allons vous laisser vous installer tranquillement. Un repas vous attend dans le réfrigérateur. Demain, Viviane passera vous chercher pour vous emmener au Verger. C’est elle qui verra comment utiliser vos capacités au mieux pour le Convent.

     

     

    Ernesto et Aurèle hochèrent la tête de concert et Macha eut un sourire satisfait. Avoir encore plus d’Enfants dans le Convent n’était pas pour lui déplaire. Et elle avait senti que l'Affinité d'Ernesto était plus importante qu'il n'en laissait paraître. 

    - Bien. Bonne nuit messieurs. A bientôt.

    Gunther leur souhaita aussi bonne nuit puis le père et le fils se retrouvèrent seuls. Ils se regardèrent un instant. Aurèle s’approcha de son père et lui serra tendrement l’épaule.

    - Cela va aller papa ? Tu penses arriver à t’y faire ici ?

    - Il le faudra bien, mon garçon, non ? … Enfin, le plus important, c’est que j’ai ramené les cendres de ta mère avec nous.

    - Que… Quoi ?!!! Mais pourquoi ?

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    - Je n’allais certainement pas les laisser là-bas. Sa tombe aurait sûrement été profanée après notre départ. Et puis, j’ai juré à Maria de reposer auprès d’elle à ma mort.

    Ernesto prit un air buté et Aurèle sut qu’il ne fallait pas insister. Dès qu’il s’agissait de sa femme, Ernesto n’entendait plus raison. Aurèle trouvait cela aussi touchant qu’agaçant. S’il y avait bien eu un couple, dans les Enfants de Gaïa, qui avait été heureux, c’était bien ses parents. Il se souvenait encore dans son enfance, de leurs câlins et de leurs embrassades. Il poussa un léger soupir. Ce n’était certes pas ce genre de sentiments qu’il y avait entre lui et Lucrèce. Du désir, oui. Une légère affection. Mais certainement pas le grand amour. Et il ne le vivrait sûrement jamais. Mais à quoi bon se morfondre ? C’est lui qui avait voulu cela, il devrait en supporter la responsabilité. 

    Ils dînèrent tranquillement puis après s’être souhaité bonne nuit, les deux hommes gagnèrent leur chambre respective. Si Aurèle s’endormit rapidement du fait de sa fatigue, ce ne fut pas le cas d’Ernesto. Celui-ci avait sorti la Relique et le grimoire de sa valise et les avait posés sur la commode de sa chambre, à côté de l'urne de sa femme.  Il les contemplait d’un air soucieux. La dernière conversation qu’il avait eue avec Vésuvio, son Grand-Maître, lui revint en mémoire… 

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    - Faut-il absolument que je les emmène, Vésuvio ? Ne peut-on pas faire autrement ?

    - Nous en avons déjà parlé, Ernesto. Oui, il faut que tu les prennes avec toi. Il est important que Le Convent de Lenzasen les garde…. Mais, dis-moi, mon ami, pourquoi es-tu si mal à l’aise avec ces objets ? Serait-ce à cause de Maria ?

    - En partie… Ce genre d’objets me rappelle qu’elle n’est plus et c’est toujours une grande souffrance pour moi comme tu le sais. Mais il n’y a pas que cela…. J’ai toujours été une personne très terre à terre. L’Affinité que m’a octroyé Gaïa n’y est pas pour rien d’ailleurs. Cultiver, faire pousser les plantes, remuer la terre, tout cela m’enchante totalement…. Mais quand je vois ce grimoire et cette relique, cela me dérange. Ce genre de force me dépasse et je n’y comprends rien. Cela me fait peur aussi...

    - Et pourtant, tu étais uni à Maria, une des Enfants de Gaïa qui était le plus douée dans les Arts Ésotériques.

    - Oui, mais Maria a toujours été discrète sur l’usage de ses pouvoirs… Elle ne les a jamais étalés en ma présence car elle savait que je n’aimais pas cela.

    - Et pourtant, il va te falloir les emmener à Lenzasen. T’en sens-tu capable ou souhaites-tu que je confie cette tâche à Aurèle ?

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    - Non !!! …. Ah ! Je te prie d’excuser ma véhémence. J’ai beau adoré mon fils, je sais combien il peut être nonchalant, même pour les tâches les plus importantes.

    - Tu sais, un peu plus de responsabilités ne lui ferait pas de mal non plus. Je trouve que tu es parfois trop derrière lui. Lâche-lui un peu la bride…

     - Certes, certes… Mais pas sur cela. Je préférerai qu’il ne sache rien de ce savoir-là. C’est tellement facile d’être tenté par l’Obscurité…

    - Hmmm… Il est vrai que nous avons eu quelques sorciers noirs, ici autrefois…

    Vésuvio le regarda d’un air scrutateur et pénétrant. Oui, le nom des Lothario n’avait pas toujours été synonyme de gloire et de puissance, mais aussi de peur et de souffrance. En cela, Ernesto aimerait l’oublier. Il baissa le regard vers le sol.

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    Le silence se fait quelques instants entre les deux vieux amis, chacun perdu dans ses pensées, dans un passé plus sombre mais aussi plus mouvementé qu'actuellement.  Puis finalement, Ernesto relève la tête, une question se bouscule soudain derrière ses lèvres.

    - Vésuvio, une question me vient… Que vas-tu faire, une fois que le Convent sera scellé ?

    - Tu t’inquiètes encore de cela ?

    - Je t’en prie, mon ami. Cela m’importe beaucoup. J’ai du mal à t’imaginer ici tout seul, alors que nous savons tous les deux que les villageois ne nous aiment guère. Je ne supporte pas de partir et de savoir qu’en restant ici, tu risques le bûcher !

    - Ha ! Oui, c’est vrai que c’est une chose qui pourrait arriver. Mais je te rassure tout de suite. Une fois que le Convent sera scellé, j’irai finir mes vieux jours dans un monastère au nord de l’Italie. Je sais déjà qu’ils seront heureux de m’accueillir avec tous mes savoirs. Certes, il faudra que je me conforme à la règle religieuse, mais cela n’est pas un problème en soi. Je peux tout à fait prier Dieu et être un Enfant de Gaïa.

    Ernesto se détendit d’un coup. Savoir son ami à l’abri et entouré lui enlevait un poids des épaules. Il se leva et se permit de l’étreindre amicalement.

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    Le vieil homme revint au moment présent et eut une petite grimace amère. Tout quitter à son âge et recommencer à zéro, c’était un peu dur au niveau du moral. Et puis il se rappela une phrase de sa femme chérie : « Arrête de dire que tu es trop vieux ! Tout est dans la tête mon chéri…. Et puis quand tu seras tout ridé et tout avachi, je t’aimerai quand même. Reste optimiste, Ernesto. Je serai toujours à tes côtés. » Il sourit malgré lui. Il se rappelait encore de sa voix chaude et rauque, de son parfum, de des baisers.

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    Il était tellement amoureux de sa femme. Mais le cancer avait tout ravagé. Et Maria n’avait pu adopter le positivisme qu’elle prônait tant et s'était suicidé , ne pouvant supporter la douleur et la dégradation de son corps. Elle les avait laissés, lui et Aurèle, à leur immense peine.Il reposa son regard sur l’urne qui trônait sur la commode.

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    - Ma chérie, j’aurai vraiment souhaité que tu restes avec nous un peu plus longtemps. J’aurai vraiment besoin de tes conseils et de ta sagesse en ces temps troublés. Enfin, nous ferons avec ce que Gaïa nous donne, comme nous l’avons toujours fait… 

    Il posa tendrement ses doigts sur l’urne comme il le faisait chaque soir. Puis il se déshabilla, se mit en pyjama et se coucha dans son nouveau lit avec un soupir de contentement. La journée avait été longue pour lui aussi.

    Le lendemain, après un réveil tardif mais régénérateur, les deux hommes prirent tranquillement leur petit déjeuner. Et ensuite, ils firent le tour du jardin qu’ils n’avaient pas eu le temps de voir hier soir. Ils sentirent tout de suite que la précédente occupante était une Enfant de Gaïa douée pour la flore.

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    - Hmmm, je crois que cette personne aimait beaucoup les carottes. Il y a encore quelques plants qui restent en terre. On pourrait s’en f

    aire un petit plat, qu’en dis-tu papa ?

    - Pourquoi pas ? Tu es meilleur cuisinier que moi. Dis-moi, ne trouves-tu pas étonnant qu’il y ait autant d’Enfants de Gaïa qui aient le Don de la Flore, ici ?

    - Je… Je ne sais pas. Cela te parait bizarre à toi ?

     - Pas vraiment bizarre mais j’ai l’impression qu’il y a une sorte de convergence ici. D’abord le fait que notre Convent ne soit plus viable et notre arrivée ici à Lenzasen, un lieu qui prend de plus en plus d’importance depuis quelques années…

    - Bah, l’important, c’est qu’on puisse avoir un autre endroit où vivre…

    Ernesto fit la grimace devant la réponse encore une fois, nonchalante, de son fils.

    - Il y a des fois où j’aimerai vraiment que tu réfléchisses un peu plus mon garçon… Je crois qu’on n’aurait jamais dû t’appeler Aurèle...

    - Papa…

    - Hello, hello. Il y a quelqu’un ?

    Ils se tournèrent vers la voix qui venait de se faire entendre. Une femme rousse d’une quarantaine d’années, vêtue d'un veste et d'un pantalon en jean, fit son apparition et leur sourit. C’était évidemment Viviane Fydren qui venait les saluer. Elle leur serra la main à tous les deux et Ernesto apprécia la poignée de main ferme et énergique de Viviane.

    - Alors, êtes-vous bien installés ? Cela ne sent pas trop la poussière ? Nous avons fait le ménage mais pas aussi à fond que nous l’aurions voulu.

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    - Non, non c’est très bien. Nous allons prendre nos marques au fur et à mesure. Enfin, cela sera moi surtout. Puisque Aurèle  ne devrait pas tarder à s’installer avec Lucrèce.

    Viviane tourna son regard vers le jeune homme et le fixa dans les yeux.

    - Je compte sur vous, Aurèle, pour prendre soin de ma petite Lucrèce.

    - « Votre petite Lucrèce ? »

    - Oui, je suis sa marraine.

    Aurèle retint une grimace. Il n’avait point pensé à ce détail : les liens familiaux et amicaux de Lucrèce à Lenzasen. Et, vu comment le regardait Viviane, il n’avait pas vraiment sa sympathie. Mais, elle tourna rapidement son attention vers son père.

    - Bien. Pensez-vous être disponible cet après-midi pour venir voir le Verger ?

    - Oui, bien sûr. J’ai hâte de voir l’endroit où nous allons travailler. Je souhaite être utile à la Communauté de Gaïa.

    - C’est tout à votre honneur… Vous aviez la même occupation à Padoue, j’imagine ?

    - Eh bien… Oui. Enfin, plus pour être autosuffisant finalement que pour aider les territoires voisins… Notre Convent a vu son influence fortement baissée depuis de nombreuses décennies.

    - J’ai cru comprendre cela… Donc aucune aide n’était apportée aux habitants qui n’appartenait pas à votre Convent ?

    Viviane haussa un sourcil perplexe et Ernesto fut quelque peu mal à l’aise quand il dut répondre.

    - Non. La bienveillance dont faisaient preuve les villages alentour à notre égard a très rapidement diminué… Il faut dire aussi qu’il y eut quelques incidents dans notre Convent qui ont terni l’image extérieure…. Je suppose bien évidemment que ce n’est pas le cas ici.

    - Non, en effet. Mais Lenzasen a toujours eu une aura particulière. Tout comme le Convent de Quafzeh d’ailleurs… Bon, je vais vous laisser. Et je vous attends donc cet après-midi au Verger.

    Un dernier sourire, un geste de la main et Viviane était partie. Aurèle et Ernesto se jetèrent un coup d’œil puis reprirent leurs occupations.

    Après leur déjeuner, Ernesto et Aurèle partirent donc voir le Verger de Viviane. Il se trouvait en pleine campagne mais ils n’eurent aucun mal à trouver le chemin car ils sentirent tous les deux l’énergie assez importante des plantes qui les attiraient. C’était une sensation qu’ils n’arrivaient pas à décrire, mais ils savaient reconnaître tout de suite les végétaux qui avaient été touchés ou plantés par un Enfant de Gaïa. Il y avait une vibration particulière. Et du fait de cette particularité, ils sentirent le Verger bien avant d’y arriver.

    Ils arrivèrent bientôt devant une clôture en bois qui longeait la route. Ils étaient arrivés à destination. La première chose qu’ils remarquèrent ce furent les grands arbres qui se tenaient aux deux bouts du terrain. Ils étaient plus « verts », plus « brillants » que les autres arbres et ils avaient une énergie si puissante qu’ils en sentaient le picotement sur le visage. Aurèle pressa son père à l’épaule .

    - Papa. Ces arbres…

    - Oui, j’ai vu et senti… On dirait qu'il y a un Elémentaire...

    - Des Elémentaires ? Mais c’est très rare !

    - Je le sais bien… Allez, viens. Nous en saurons plus en y entrant.

    Dès qu’ils eurent franchis le portail du Verger, Aurèle et Ernesto furent accueillis par Viviane, qui les attendait. Elle leur sourit avec bienveillance.

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    - Bienvenue au Verger de Lenzasen. Si cela ne te fait rien, Aurèle, tu vas directement commencer à travailler avec Helen Bergshein qui œuvre aussi ici. Elle va te faire voir les semences à récolter ainsi que ce qu’il y a à entretenir. Quand à moi, je me charge de ton père.

    Aurèle eut un sourire un peu crispé sur cet accueil un peu cavalier mais ne dit rien et suivit donc la femme blonde, typée scandinave, au visage un peu triste qui lui montra un côté de potager. Quant à Viviane, elle entraîna Ernesto un peu plus loin à l’intérieur du verger, près d’un alignement d’arbres. Il remarqua alors les ruches à leur base.

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    - Vous avez également des abeilles !

    - Oui. Nous ne pouvons guère travailler sans elle. Elles nous assurent la pollinisation de la plupart de nos plantes. Lucrèce m’est d’une grande aide pour maintenir les ruches en bonne santé.

    - Lucrèce ?... Ha oui, elle a l’Affinité avec les animaux. Mais… Les Abeilles ?... C’est quand même assez rare.

    - Oui. Mais Lucrèce est une Enfant prometteuse. La plupart des Enfants qui ont l’Affinité avec la faune ne vont pas sentir les insectes. Lucrèce, si. Comme son père…. Vous avez une belle-fille qui a un grand pouvoir.

    - Hmmmm. J’avoue qu’en contrepartie, mon fils n’est pas aussi doué.

    - Chacun a ses limites, Ernesto. Et Gaïa ne donne que ce qui peut être supporté. Venez, je vais vous montrer quelque chose.

    Viviane l’entraîna vers un coin du muret là où se tenait l’arbre gigantesque qu’il avait vu en arrivant.

    - Touchez le tronc s’il vous plait, Ernesto.

    Le vieil homme s’exécuta et posa sa main sur l’écorce. Aussitôt un doux murmure et une sensation de fraîcheur l’envahit. Il retira sa main et eut un regard interrogateur vers Viviane. Elle eut un petit rire.

    - Devinez-donc ce que c’est...

    - Je... Un élémentaire ? Un Élémentaire de la Flore ?

    - Oui. Et pas seulement un. Mais également trois autres. Ils protègent le Verger.

    Viviane se retourna et pointa le doigt sur chaque arbre-gardien qui se tenaient à chaque coin du terrain. Ernesto eut un sifflement admiratif.

    - 4 Élémentaires dans un même lieu, vous avez vraiment fait fort. Je ne sais pas comment vous y êtes parvenus.

    - Avec de la patience et des personnes exceptionnelles. Ces Élémentaires sont là depuis très longtemps. Je pense qu’on les a fait venir au tout début de la Renaissance, mais les Archives ne sont pas très claires là-dessus.

    Ernesto regarda le Verger et Viviane avec un respect renouvelé ainsi qu’un peu de crainte. Tout cela était bien au-dessus de ce qu’il pouvait faire et de ce qu’il pouvait imaginer.

    - Et vous arrivez à leur parler ?

    - Parfois. Pas toujours. Je suis douée dans mon Affinité, mais ceci est un cran au-dessus. L’important est de savoir qu’ils sont là et qu’ils protègent le Verger.

    - Hmmm, que de choses exceptionnelles ici, j'en suis impressionné… Au fait, j’ai 2 choses à vous remettre. Votre Grande-Maître, Macha Goetz, a du vous en parler, non ?

    Viviane regarda Ernesto en fronçant les sourcils avec une expression plus sombre mais opina de la tête.

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    - Oui. Macha m’en a parlé en effet. Pour tout vous avouer, je ne suis pas très contente d’avoir ces « objets » en ma possession. Ce n’est pas ma tasse de thé non plus les savoirs ésotériques.

    - Je ne comprends pas… Pourquoi devez-vous les garder alors ?

    - Ha ! C’est compliqué… Parce que je descends d’une lignée très ancienne. Et cette lignée a engendré des « sorcières » dans le sens que les humains l’entendent. Donc, même si je suis réticente à tous ces savoirs, j’ai quand même quelques expériences là-dessus. Et puis ma maison a toujours été protégé contre des attaques autant physiques que « mentales ». C’est donc l’endroit idéal pour garder ces objets. Enfin… Ces objets sont chez vous ?

    - Non, ils sont dans le sac que j’ai apporté avec moi.

    - Bien. Je les prendrai avec moi tout à l’heure. Bon, je vais vous présenter à Helen Bergshein, la femme avec qui j’ai laissé votre fils. Elle saura vous épauler pour vos débuts ici.

    Viviane l’emmena donc dans le coin potager et le laissa aux bons soins d’Helen, qui sourit gentiment à Ernesto. Il se sentit tout de suite à l’aise avec elle et il apprit bien vite ce qu’il y avait à faire. Il se sentait tout à fait dans son élément, et il découvrit avec étonnement, que même en si peu de temps, il était mieux qu’à Padoue. Il est vrai que la ville de Lenzasen avait plus de moyens que leur pauvre Convent moribond. Et, tout en passant son après-midi à trier des graines de plantes potagères pour d’autres Convents, il papota avec Helen. Il apprit qu’elle était arrivée ici depuis une vingtaine d’années, lors de son mariage avec Piotr. Ils venaient tous les deux de Hongrie, un Convent scellé, lui aussi. Et, derrière le sourire placide d’Helen, il apprit également qu’un grand drame avait bouleversé sa vie, à savoir le décès de son fils aîné, celui qui aurait dû épouser Lucrèce. Mais il vit dans ses yeux qu’elle refusait toute compassion. Son respect pour elle n’en fut que plus fort. 

    Chapitre 10 : Installations

     

    Il fit également la connaissance de Dora et Joseph Muller qui participaient eux aussi aux bons soins du Verger. Dora lui proposa même la tisane qu’elle avait préparé et il fut agréablement surpris par le goût ainsi que par le souvenir qui se révéla à lui. La tisane avait l’odeur de celles que prenaient Maria avant de se coucher.

    Et puis, il fut temps de rentrer. Le sourire d’Aurèle le réchauffa. Il avait l’air à sa place ici et il avait même l’air content du travail qu’il venait d’effectuer. Finalement, malgré ses réticences, c’était une bonne chose leur départ de Padoue.

     

    Domaine Fydren – le soir

    De retour dans sa maison, Viviane poussa un soupir et posa son sac sur la table basse et le fixa du regard. Elle avait senti le poids des objets, leurs présences et leurs auras pendant tout le trajet qu’elle avait fait jusqu’à chez elle. Et elle n’aimait pas ça.

    Elle les sortit doucement du sac. La Relique. Le Grimoire.

    Viviane ouvrit en premier le livre et fit la grimace. Des mots lui sautèrent aux yeux : Vampires. Sortilèges. Ombre. Malédiction. Elle sut tout de suite que ce livre n’avait pas sa place dans cette maison. C’était risqué de le laisser ici. Elle savait que ses deux filles, Siobhan et Morwenna, étaient sensibles à ces savoirs ésotériques. Ce n’était donc pas la peine de tenter le diable. Viviane décida d’emmener le grimoire au Domaine Lormont. De toute façon, plus personne ne connaissait l’endroit, ni ne savait ce qu’il y avait dans cette vallée encaissée. Elle reposa le livre puis prit la relique entre les mains.

    - Eh bien ! Tu as l’air de venir de loin, toi…. Je me demande quelle est ton histoire…

    Viviane l’observa plus attentivement et s’aperçut alors que la relique n’était pas complète. Il manquait un élément.

    - C’et bizarre… Pourquoi garder cette relique si elle n’est pas entière ? Et où est l’autre morceau ?... Bon, j’en parlerai à Ernesto. Peut-être pourra t’il me dire pourquoi elle est ainsi. Bon, en tout cas, tu vas aller dans ma bibliothèque en attendant. Tu y seras à l’abri.

    La bibliothèque de Viviane se trouvait au sous-sol de la maison et elle seule y avait accès. C’était l’endroit où elle entreposait ce qui lui avait été légué par ses ancêtres. Et certains objets remontaient à très loin dans le temps. Un livre d’Heures de l’époque médiévale était même supposé avoir appartenu à Loreilei, leur ancêtre. Même si Viviane avait  de gros doutes sur ce point.  Elle posa la relique sur une étagère. Au moment où elle s'avançait vers l'escalier elle cru voir du coin de l’œil une silhouette d’un homme, mais quand elle se retourna franchement, il n’ y avait rien.

    Chapitre 10 : Installations

    Elle resta un instant sur le qui-vive puis secoua la tête et referma la porte à clé.

    Dans les ténèbres de la bibliothèque un son tenu et rauque se fit entendre :

    - Gaïa…

    Chapitre 10 : Installations

     

     

    ****************************************

     

    Sinon, j'ai pris le parti de ne pas tout montrer en image, parce que certaines scènes ne sont pas possibles à jouer avec des sims et, aussi parce qu'ils m'ont énervé à d'autres moments :mrgreen: . On en parle des cos(tumes qui ne sont pas raccord ? Ou de l'envie subite de s'asseoir alors que je ne l'ai pas demandé ? Bref...
    J'espère que ce chapitre vous plaira quand même. A bientôt pour un nouveau chapitre :kissing_heart:

    (ah aussi : par rapport au forum sim, ll y a une phrase que j'ai modifié. Cela ne porte pas à conséquence, mais cela vous donne une explication supplémentaire sur les personnage). 

     

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 11 Avril à 10:14

    Quel superbe chapitre, Agathe ♥♥♥

    Par petites touches, on en apprend un peu plus sur les forces en présence, sur les personnages et c'est tellement tellement bien raconté, on est plongé dans l'ambiance, une ambiance envoûtante.  C'est un vrai régal.

    L'arrivée d'Aurèle et Ernesto se passe vraiment bien.  J'ai presque l'impression que Lenzasen attendait ces deux-là.  J'ai adoré le passage sur les arbres, élémentaires qui protègent le verger, sur les forces que les personnages sentent, sur l'aura qui irradie de ton récit.

    Et la fin... waouh!  tellement envie d'en apprendre plus.  On sent le danger tapi quelque part, l'obscurité, Gaia aussi ...  c'est génial.  Je ne peux pas dire mieux que : j'ai adoré.  Tout.  Et tes descriptions...  quel boulot!  quel plaisir de lecture.  Je suis aux anges.  J'aime trop ♥♥

    Vite la suite :D 

      • Jeudi 11 Avril à 14:24

        Eulaline,

        Ouh, que de compliments, je rougis ^^. 

        C'est un peu comme un canevas cette histoire : au fur et à mesure, je rajoute des fils qui se mélangent pour former un tableau d'ensemble. Enfin, il faut que j'évite de me perdre dans les fils ! 

        Moi aussi, j'ai beaucoup aimé écrire sur les Elémentaires. Je me rapproche un peu de la religion Shinto, au Japon, où ils voient un esprit dans certains éléments de la nature. Cette façon de voir les choses m'intéressent profondément. Je veux vous faire voir aussi l'importance de la nature, de la terre dans cette histoire (sans être donneuse de leçons non plus. On a assez des journaux télés pour cela). 

        Quand à la fin, je ne peux pas t'en dire plus parce que sinon cela déflore pas mal de choses. Et puis, normalement dans mon premier jet il ne devait pas être là. Et finalement, si parce que cela tombait sous le sens pour moi. 

        Les précédents chapitres permettaient de présenter les personnages et les situations antérieures. A partir de ce chapitre, on peut dire que l'histoire commence vraiment. Je vais essayer de me tenir à un chapitre par mois, mais je ne promets rien (surtout si jamais il y a une sortie sim le mois prochain intello)

        Merci d'être toujours présente et toujours aussi enthousiaste pour mes histoires, cela me fait chaud au coeur ♥♥♥

        Je te dis au mois de mai alors ;)

         

        ♥♥♥

    2
    Jeudi 11 Avril à 12:03

    Ils ont été super bien accueillis! 

    Ils sont beaucoup à s'occuper du Verger, ils y arrivent très bien, on sent que chacun apporte son savoir et son don et ça donne quelque chose d'extraordinaire!

    J'ai l'impression que le Convent à sa manière appelle tous les enfants de Gaïa à venir les rejoindre. Je sais pas comment expliquer ça. Ce qui est sur c'est qu'ils ont des enfants de Gaïa très talentueux! Est- ce que c'est un hasard? 

     

    Ce qu'il s'est passé chez Viviane, m'intrigue beaucoup! J'ai pleins de questions! Je comprend que ce chapitre t'ai pris du temps et n’hésite pas à prendre le temps que tu veux pour les autres! J'ai adoré lire, ce chapitre!

      • Jeudi 11 Avril à 14:30

        Klohma, 

        Oui, ils ont été bien accueillis. Bon, en même temps, on les attendait et leurs dons sont précieux. Oui, le Verger est important et  ainsi que ce qu'ils font : ils permettent aux plantes d'être plus résistantes à la pollution ou à la sécheresse et ainsi de pouvoir survivre dans n'importe quel milieu. D'ailleurs les 2 Affinités les plus importantes sont celles de La Flore et des Animaux, mais c'est un peu logique vu l'origine de leurs pouvoirs. Ils sont là pour la préservation de la Nature, même si certains se sont un peu détournés du chemin.

        Ah quand à ce qu'il s'est passé, comme je l'ai dit à Eulaline, je ne peux pas vraiment l'expliquer, juste te dire que c'est un fil rouge. Cette relique reviendra sur le devant de la scène un jour ou l'autre... wink2

        Merci d'être toujours présente et de commenter cette histoire. Cela me fait toujours autant plaisir. ♥♥♥

    3
    Jeudi 11 Avril à 16:20

    Je comprends le choix de ne pas utiliser d'images par moments *grogne contre ses sims qui se croient en guerre perpétuelle*

    Tant mieux pour Ernesto et Aurèle si leur installation se passe bien. Ils seront plus heureux à Lenzasen (bien que Aurèle va probablement être moins heureux par la suite...). Le Verger à l'air immense en tout cas donc je me doute que de la main d'oeuvre en plus doit être très appréciée.

    En revanche, j'ai idée que ces "charmants" objets confiés à Vivian ne seront pas anodins dans le futur...

    Oh et bon anniversaire à toi Agathe ! ^^

      • Jeudi 11 Avril à 21:22

        Kaleiya,

        Disons que c'est utilisé moins d'image ou m'arracher les cheveux !!!! Comme je n'utilise pas de CC, de mod ou de poses, cela peut être compliqué d'illustrer certain moment en histoire. Et comme je n'ai pas envie de me compliquer la vie, je vais au plus simple. L'imagination fonctionne très bien aussi ^^. 

        Ah, le destin d'Aurèle n'est pas anodin non plus, à voir ce qu'il va devenir à Lenzasen.

        Oui, le Verger est important. Finalement, plus important que ses membres. Les Enfants de Gaïa se doivent de protéger la Nature au sens le plus large du terme. Ce qui est un peu "difficile" (le mot est faible) à l'époque actuelle... 

        Et oui, si je parle de ces objets, c'est qu'ils sont tout sauf anodin. Mais patience, j'en parlerai en temps et en heure. 

        Et merci pour mon anniversaire. ^^

        Merci à toi pour ton commentaire et ton passage par ici ♥♥♥

    4
    Dimanche 14 Avril à 14:40

    On voit que Saisons est passé par là : les deux premières images avec le coucher de soleil sont très belles, très douces... un peu plus que les manières de Macha (qui ose lever un sourcil ironique à la vue de mon chouchou... grrr... he)

    J'aime bien Ernesto mais je le trouve un peu dur avec Aurèle (ont l'illustre homonyme a complètement raté l'éducation de son héritier soit dit en passant... donc pas si sage que ça !winktongue).

    J'ai beaucoup aimé toute la genèse et le background autour du Verger et des élémentaires !

    Par contre, j'ai un très mauvais pressentiment concernant le Grimoire déplacé dans ce manoir isolé, non protégé par le pouvoir de Viviane... Ce serait comme tendre le cou à un vampire qui ne s'est pas nourri depuis des semaines tout en criant : "Non, pas les canines..." Bref, si Macha apprend ça, elle va pas être contente !

    J'ai l'impression que les forces se mettent doucement en place pour bouleverser l'équilibre du Convent... wink2

      • Lundi 15 Avril à 09:04

        Parthenia,

        Macha ne va pas changer en un chapitre, hein ! ^^ Elle a une idée très précise sur Aurèle, peut-être à tort, mais pour l'instant, elle ne le considère pas comme quelqu'un de très sérieux... 

        Peut-être qu'Ernesto en a un peu marre du comportement de son fils. C'est un adulte après-tout. Et il n'a pas encore digéré la façon dont ils sont arrivés ici, et cette conception d'enfant quelque peu "programmée". 

        Ah, oui, je l'aime bien mon Verger aussi. Même si j'ai dû me rabattre sur un Verger téléchargé plutôt que celui que j'avais en tête, car je ne suis pas arrivée au niveau construction à faire ce que j'avais en tête. Sinon, j'y serai encore et je n'aurai pas posté le chapitre, ce qui aurait été ballot ^^. 

        Viviane pense bien faire en le laissant au Domaine Lormont. Car à part elle et Ulrike et Audren, personne ne se souvient de cet endroit... Pour l'instant sarcastic. Et Viviane ne va certainement pas en parler à Macha, tu penses bien.

        Les forces en présence, et certains éléments sous-jacents se mettent tout doucement en place et commenceront à émerger dans la partie 2. Dans cette première partie, cela va plus être de la désillusion et du chagrin... hemm... 

        Merci, comme toujours, de tes commentaires et de ta présence sur cette histoire. J'apprécie toujours autant ♥♥♥

         

        P.S : et pardon, pardon pour ton chouchou dans le prochain chapitre (oui, je prépare le terrain déjà... intello)

    5
    Mardi 4 Juin à 20:57

    yes c'est tout comme j'aime, dense , cohérent, mystérieux, documenté, et si bien ficelé que l'on a envie de lire la suite …..

      • Jeudi 13 Juin à 09:25

        Mich-Utopia,

        Merci pour ton gentil commentaire et je suis ravie que l'histoire te plaise toujours autant. ♥♥♥

        La suite devrait venir avant mes vacances en juillet normalement. yes

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